Bleu marine : Critique de l’album Sir Render

À mi-chemin de « Circa », un moment fort du nouvel album exquis Navy Blue, Sage Elsesser pose la question centrale de son travail : « Ne voyez-vous pas que tout est cyclique ? Il insiste sur le fait que le chagrin est non linéaire et inévitable, mais il place la question à la fin de son vers, la laissant en suspens. Les grands thèmes de la musique de Navy Blue – dépression, traumatisme, résilience, joie – ne sont pas des expériences statiques et immuables. Ils peuvent venir par vagues, s’écraser violemment contre vous avant de battre en retraite pour reconstruire leur énergie. Si vous pouvez reconnaître les motifs, les intervalles auxquels ils apparaissent, vous pourrez peut-être planter des pieds plus fermes, pour mieux résister à la prochaine volée. Mais cela demande des efforts. Il faut sortir de soi, observer sa vie du point de vue de son ombre.

Au cours de neuf disques, Elsesser a tenté à plusieurs reprises de se regarder dans le miroir avec un regard neuf. Ses premières sorties SoundCloud anonymes étaient silencieuses et hésitantes, un voile de sifflement de bande et de bruit blanc entre lui et le véritable examen de soi. Il a commencé à éliminer les toiles d’araignées avec les années 2020 Àdá Irin et Chanson de Sage : Post-panique !des disques clairsemés mais enveloppants où il révélait plus librement sa psyché au monde et à lui-même. D’ici 2023 Façons de savoiril rappait sur une âme cristalline aux couleurs pastel, embrassant pleinement une vulnérabilité à laquelle il n’avait peut-être pas su accéder auparavant. Ce disque est sorti sur Def Jam, qui l’a abandonné sans cérémonie après avoir terminé son suivi. Il est reparti avec un sentiment ambivalent à propos de son passage sur un label majeur (« Je suppose que je suis reconnaissant pour cette expérience », a-t-il haussé les épaules. Pierre roulante), le sentiment de s’être éloigné de ses origines. Pour se regrouper, il a juré de revenir à ses humbles racines lo-fi, échangeant des studios coûteux contre son « canapé merdique » et un micro décent. Le cycle a recommencé.

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Monsieur le Rendula dernière expédition de Navy Blue depuis l’espace intérieur, complète une trilogie qu’il a commencée après que Def Jam l’ait libéré. Son premier volet, celui de 2024 Mémoires en armures’intéressait à toutes les formes de mort, depuis la fin physique qui nous est garantie jusqu’à l’aplatissement émotionnel qui peut résulter de problèmes de santé mentale non traités. Certaines formes peuvent être conquisessemblait-il postuler, et j’ai besoin d’apprendre lequel. En 2025, il sort sa suite, L’épée et l’envolun album somptueux qui équilibre espoir aveuglant et colère brûlante, sonnant meurtri mais triomphant. « Je me suis réveillé encore une fois/Mon histoire est connue pour ne jamais finir », gronde-t-il sur « Tale of Truth », le message de célébration du couplet trempé dans l’acide. Il façonne Monsieur le Rendu comme une préquelle aux deux précédents, détaillant les moments sombres et vertigineux avant le début de sa quête d’un règlement spirituel. C’est aussi radieux que les deux précédents, plein de cordes amples et de piano réverbérant, et malgré l’accent mis sur les conséquences de l’incertitude, c’est la musique la plus sûre qu’Elsesser ait composée.

Navy excelle à démêler les émotions humaines et à les comprendre sans être didactique ou moraliste. Les autres entrées de la trilogie étaient définies par des objectifs clairs : comprendre et accepter la mortalité, concilier la fureur et la paix, la capacité de reconnaître le chagrin et de grandir autour de lui. Ici, Navy écrit sur la période de confusion avant que ces objectifs puissent être clairement articulés, lorsque les sentiments sont trop grands pour être saisis et nous font vaciller sous leur poids. Une minute, vous êtes au sommet du monde, alimenté par vos forces et vos capacités, comme dans le moment de « Réflexions » où Elsesser réfléchit à la façon dont son nom est lié à sa personnalité : « Je n’ai pas de nom, parent/Sage est un titre. » Ensuite, le dégoût de soi prend le dessus, comme dans « La naissance de la médecine », où il se demande, les larmes aux yeux : « Est-ce celui que je veux être ? Ce mélange bouillonnant de confiance et de doute donne Monsieur le Rendu un dynamisme corsé qui peut parfois manquer aux albums de Navy Blue, se déplaçant entre les humeurs au lieu de tourner autour d’un seul état d’esprit.