KatzPascale : Critique de l’album ELEGY EP

Lors d’une récente représentation à la Biennale de Whitney, Sammi Katzmann a joué un morceau de saxophone pendant que Jenna Pascale frappait son violoncelle avec un tel poids et une telle précision qu’il semblait que l’archet était forgé en titane. Ils s’étaient rapprochés et s’étaient éloignés l’un de l’autre pendant un moment, puis sont soudainement parvenus à une harmonie parfaite. Cela ressemblait à de la beauté et à de la terreur. Les deux musiciens se regardèrent et se mirent à pleurer. Ils avaient communiqué par télépathie et ne faisaient plus qu’un : KatzPascale.

Le duo s’est formé il y a deux ans, peu de temps après s’être rencontré alors qu’il travaillait comme mercenaire pour des groupes à travers New York, de Porches à Tournesol Bean, ainsi qu’en soutenant une performance live de Michael Imperioli et en enregistrant quelques chansons pour le Terrifiant 3 bande sonore. Ils se sont liés d’amour autour d’Olivier Messiaen, 2hollis et Addison Rae. À l’époque, Pascale et Katzmann essayaient de trouver leur place sur la scène musicale new-yorkaise tout en se faisant connaître sur TikTok avec des hashtags comme #indieartist et #songofthesummer.

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Les deux musiciens ont suivi une formation classique dès leur plus jeune âge. Katzmann a commencé les cours de piano à cinq ans, tandis que Pascale, fille du directeur du South Pasadena Strings Program, n’avait que deux ans lorsqu’elle a commencé à jouer du violon, cinq ans lorsqu’elle est passée au violoncelle. À six ans, elle jouait au Carnegie Hall. Cela fait trois ans qu’elle a abandonné le violoncelle classique pour « absolument n’importe quel autre genre ». Tout le modus operandi de KatzPascale consiste désormais à libérer le processus.

Ils qualifient leur musique de « néo-classique-post-punk-anti-pop », ce qui semble facétieux, mais il y a quelque chose dans tous ces modificateurs et adversaires. C’est ambiant et expérimental et un peu comme une musique de film de Nicholas Britell, mais avec une touche anti-institutionnelle. Leur musique de chambre est socialement éloignée du monde de la musique classique.

Leur premier EP, ÉLÉGIEvit dans l’euphorie de quitter l’école et fait ce que tout premier album devrait faire : il rassemble toutes les idées et tous les sentiments qu’ils ont jamais eu dans une seule œuvre. Il s’agit apparemment d’un disque sur la mémoire et le soulagement, et toute leur vie y est concentrée : récitals d’enfance, salles de répétition solitaires, ennui post-universitaire, amitiés, petits déjeuners, amour. ÉLÉGIE transforme tout cela en quelque chose d’émotionnel direct et simplement de plaisir.

Le violoncelle de Pascale fonce et soutient généralement tandis que le saxophone de Katzmann tremble en quête. Jouant ensemble, ils sont deux vagabonds perdus qui éclairent des torches dans un tunnel, sans autre destination en tête que de retourner l’un vers l’autre. Sur «SINK WHERE YOU SLEEP», leurs instruments zooment autour de chacun comme des insectes frénétiques piégés dans un verre retourné. Le saxophone sonne mêlé de lamentations et d’inquisition avant d’émettre ce qui ressemble à un signal d’urgence. C’est sexy et effrayant et ça fait fonctionner les feux rouges du Roadhouse.

La voix de Pascale flotte sur « AN ELEPHANT NEVER FORGETS », un opéra aux allures de verre qui rappelle sa grand-mère, également chanteuse d’opéra. La comparaison récente la plus proche pourrait être celle de Maria BC. On dirait qu’elle appelle Katzmann, en vacillant et en projetant de la lumière autour de l’abat-jour oscillant du saxophone. Le jeu de Pascale est profondément mesuré, les années de formation classique payantes, sans la moindre trace de grattement. Ensemble, ils semblent activés électriquement, comme si leurs nerfs commençaient à fonctionner pour la première fois.

Le plus grand moment de l’EP est l’ostinato de Katzmann sur « SPILL YOUR TIME ». Katzmann le joue d’une voix rauque, un peu à la manière de Colin Stetson, au physique irréductible. Pascale l’accompagne avec des arcs descendants et relevés d’une simplicité trompeuse, supportant la difficulté technique avec légèreté, comme si c’était juste la forme et les mouvements que prenaient ses mains.

Durant 30 minutes immersives, ÉLÉGIE réalise quelque chose que de nombreux disques postclassiques s’efforcent de réaliser mais qu’ils atteignent rarement. C’est indéniablement de la musique de chambre par sa concentration et sa discipline instrumentale, mais ses six morceaux communiquent avec l’immédiateté d’une chanson, notamment sur « HOLD ME (SLOWLY) », avec son riff de guitare simple et son chant clair, qui penche même vers la pop. Ensemble, Pascale et Katzmann se lancent à la poursuite de sentiments déchirants, lancent leurs flèches et clouent la vie au mur.