Naturellement, une « princesse du jazz » autoproclamée arrive en fanfare. La trompette d’ouverture retentit du nouvel EP d’Amy Gadiaga BébéChèvre annoncez que nous sommes en présence de la royauté et que si vous ne donnez pas sa couronne à la musicienne de Londres via Paris, elle la mettra sur elle-même. Les thèmes de l’ennoblissement de soi parcourent cette suite jazz-pop ludique et prodigieuse, un quatuor de chansons explore les plaisirs (et parfois les périls) de se faire le plein. Sur BébéChèvreGadiaga a le droit de se vanter et prouve qu’elle sait que le but d’être reine est d’être bienveillante et non vantarde.
« BabyGoated » est un terme inventé par Gadiaga pour se décrire ; comme elle le dit, « tous deux vulnérables (bébé) et gras (bouc).” C’est une description appropriée pour cette musique, un tourbillon fluide de genre de jazz gonflé et de paysages sonores empilés d’harmonies où des hymnes méchants remplis de cor coexistent avec des airs expressifs et où la jeunesse ne semble pas en contradiction avec la sophistication. Récemment diplômée du Conservatoire Trinity Laban, Gadiaga parlait un dialecte jazz plus formel sur son premier EP, Tout noir, tout un disque précis mais poli rempli d’extraits de chants scat et de longs solos de contrebasse (le droit est l’instrument principal de Gadiaga). BébéChèvre troque l’universitaire contre un effet syncrétique à revigorant : ces arrangements semblent plus somptueux et plus vécus, embrassant un vocabulaire fusionné à la fois lyriquement (grâce à son inclusion d’argot en anglais et en français) et musicalement (en embrassant des impulsions néo-soul et expérimentales).
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Ces dernières années, une nouvelle génération d’artistes de jazz a franchi le Rubicon de la pop avec leurs attributs de genre plus ou moins intacts. L’approche de Gadiaga n’est pas aussi traditionaliste que celle de Samara Joy ou aussi ringarde que celle de groupes de fusion comme DOMi et JD Beck. Au lieu de cela, elle revendique la frontière douce et poreuse entre le jazz et le R&B. Un casting empilé de musiciens de session apporte le son de BébéChèvre à la vie, y compris un guitariste en tournée pour Burna Boy et une célébrité de la scène Brixton Windmill : qui d’autre que le batteur de Black Midi Morgan Simpson pourrait être responsable de ces remplissages délicieusement cacophoniques sur la sortie tourbillonnante de l’EP ?
Gadiaga joue de la basse tout au long BébéChèvre– notamment sur le groove profond du morceau titre, une ligne de basse insistante flirtant avec l’Afrobeat – mais sa voix douce comme du miel est la star ici. Bien que ses passages bouclés menacent parfois de basculer vers le chant cursif, ses riches voix de fond lui offrent une base pour s’adapter à des modes variés. Sur « l’intro (je vais te chercher) », elle chante un discours d’encouragement sur des harmonies superposées qui ancrent sa parole chantée. Sur « BabyGoated », elle roucoule le refrain en anglais et en français, comme si elle auditionnait pour devenir votre nouvelle pop star polyglotte préférée. « Brunheau reine des francs », une méditation sorcière sur l’avidité et la mortalité inspirée par un monarque médiéval, la trouve possédée par la sombre théâtralité d’une chanteuse de cabaret racontant une parabole tragique.
L’un des défauts d’un EP de 13 minutes sur quatre titres est la chute abrupte entre le banger vantard et l’incantation lugubre : en l’espace d’une minute, Gadiaga passe de « J’ai mis ma nouvelle merde et mon gloss assorti » à « Même moi, je partirai comme tous les oiseaux de la terre ». (Oof. Parfois c’est comme ça). En toute honnêteté, c’est un peu la thèse de Gadiaga : enivrez-vous trop de votre propre grandeur et vous deviendrez sobre en pensant qu’« il n’y a qu’un seul roi de toutes choses ». Mais oubliez de vous vanter de temps en temps, et vous deviendrez une de ces « salopes stupides » qui « ne comprennent pas leur pouvoir ». Sur BébéChèvreGadiaga veut nous aider à réclamer nos trônes à la bonne taille. « Tu te souviens que tes rêves sont vivants? » demande-t-elle sur le dernier morceau. Au cas où vous l’auriez oublié, l’imagination et l’enthousiasme de cette musique offrent un rappel exceptionnel.