Quelque part dans l’industrie de la mode, des gens intelligents autour d’une table de conférence déterminent ce qui sera produit la saison prochaine : les jeans à jambe droite dehors, les jorts géants dedans, peu importe. Pour autant que je sache, ils ne font pas ça sur la scène pop underground, mais si vous avez besoin d’un gars, appelez Michael Silver de CFCF, qui est prêt à relooker sur mesure un son tout juste revenu à la mode. En 2015 et 2019, c’était de l’électro new age, et en 2021, c’était le classique culte inspiré de l’an 2000. Pays de la mémoire. Sur LUVsoi-disant abréviation de La vie en ultra violetle musicien électronique de longue date effectue une remise à neuf tout aussi révérencieuse de certaines des dance pop éclairées par stroboscope des années 2000 et du début des années 2010, passant au peigne fin les références pour une version extra-juteuse et secrètement super-sincère du son des t-shirts à fines rayures et Entreprise risquée lunettes de soleil.
LUV prend le sujet fondamental de la plupart des musiques pop (l’amour), joue le facteur ironie avec des chansons techniquement sur les hot babes, la cocaïne, le sexe et la désillusion (sleaze dans un sens objectif), puis revient en arrière et l’imprègne d’un véritable amour pour les sons des synthés célestes d’Alan Braxe et Fred Falke, des arpèges de Fischerspooner, des grooves guppy-fish de Basement Jaxx, du robot talkbox funk de Daft Punk, et « Can’t Get You Out of My Head » de Kylie Minogue. On pourrait calomnier le style comme un remake ringard d’inspirations disco et techno plus élégantes et plus sexy, ou comme étant, comme on pouvait s’y attendre, maladroit et évident. Dans une tradition de coupes profondes absurdes et surqualifiées, LUV les chansons transforment leurs fascinations apparemment incultes en blagues sales. « J’adore la musique noise/Et j’adore lire Dostoïevski/Mais ce que j’aime le plus/C’est la baise », ironise Estratosfera du duo de clubs argentin EQ sur « ultra-obscène ! »
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Dans la grande chanson pop de l’album, « Bad Song », la véritable relation toxique est le dégoût de soi associé au fait d’aimer la musique prétendument « mauvaise ». « Qu’est-ce qu’une fille doit faire quand rien ne frappe comme une merde stupide? » demande la chanteuse vedette Cecile Believe, une question que je me pose chaque semaine. « Mettez-le en boucle. » Briser un tabou gustatif donne la possibilité d’en briser un autre, et vous pouvez alors appeler votre morceau « Let’s Kill Ourselves ». Dans un remake radical, Silver reprend une partie d’une chanson du groupe de rock indie de Chicago The Ponys (une « introduction pas si subtilement effacée », selon Zimbalam de 2004) et, avec Touching Ice, la transforme en un toboggan dance-punk mettant en vedette le dialogue sarcastique des personnages de TECHG1RLS, plein d’hyperbole (« Paris est si belle, ça me donne envie de me suicider ») et d’humour (« Je reste pour un troisième et dernier verre, et puis je me suicide »). La version de 2004 sonnait comme les Rolling Stones, mais la nouvelle sonne comme Avenue D et est, d’une certaine manière, encore plus 2004 maintenant.
Tu pourrais dire LUV est le premier et le seul album pop de CFCF, mais avec un tel soin et une telle attention aux détails, la musique ne ressemble jamais à un produit de base. Les recréations conscientes de soi sont de l’herbe à chat pour le fan de pop-art qui reconnaît que tout a déjà été fait et veut en faire plus tout de suite : êtes-vous prêt à donner à « Fuck me at Comic Con/Fuck you at Dunkin’ Donuts » une place dans votre lexique ? Cette mélodie contient-elle un peu de « You Gonna Want Me » de Tiga ? La descente prolongée sur « Love Hotel » 10 minutes plus près (la nuit a dû être longue) vous rappelle-t-elle l’une de ces ballades tristes classiques de Hot Chip ? Le son french-touch-hits-the-club de cet album vous fait-il penser au DJ français Martin Solevig (titre signature : « Hello »), qui a travaillé sur les meilleures chansons de l’album EDM de Madonna en 2012 ? MDNAtitre provisoire LUV? C’est le plaisir fou et fan-fan des CFCF LUVet il n’y a qu’une seule « Bad Song » dessus.