Marco-Giudici-Se retrouver-tout-soudain-album-2025
Il y a des disques qui arrivent après une longue décantation, non pas à cause d’une simple production lente mais parce que certaines fractures nécessitent du temps pour être nommées.
« Soudain se retrouver seul », le deuxième chapitre de Marco Giudici, semble naître précisément de ce besoin : non pas tant de parler de la perte, mais plutôt d’explorer l’écart entre ce qui est lâché et ce qui reste coincé dans la mémoire.
Cinq ans depuis les débuts (entre un EP en partie incorporé à cet album) ne sont pas un caprice, mais une marge de survie. Giudici les utilise pour se concentrer sur un lexique émotionnel qui ne vire jamais à la sentimentalité, préférant un registre sec qui aborde le détachement dans ses variations : les gens qui s’éloignent, les gestes qui s’usent, les désirs qui sombrent. Le noyau est là : la soustraction comme geste créatif.
Les neuf titres, dont deux instrumentaux, utiles comme parenthèses de respiration, fonctionnent davantage comme des pièces communicantes que comme des épisodes isolés.
Marco Giudici n’a pas peur d’utiliser des mots, montrant des blessures et des cicatrices faciles à reconnaître. Il le fait à sa manière, avec des textes profonds et une légèreté paradoxale. Il nous prend par la main et nous entraîne dans un univers intime et délicat, d’une sincérité effrontée, qui rappelle par moments les atmosphères de Sufjan Stevens et des environs.
À mon avis, ce sont parfois précisément les coins les plus difficiles qui sont les plus beaux à partager et il existe une manière presque légère de le faire – ou peut-être de combiner légèreté et lourdeur – que je trouve profondément nécessaire et libératrice. Comme lorsqu’après un enterrement, les gens s’assoient dans un bar et rient ensemble de choses légères – sans oublier le moment – presque comme si c’était là la véritable fête.
Les choix timbraux soulignent cette dialectique. Cloches tubulaires, célesta, dulcitone : des instruments au corps physique évident, presque fragile dans leur présence, qui contrastent avec la composante plus éthérée des textes. La batterie, confiée à Alessandro Cau et Nicholas Remondino, oscille entre impact et suspension, comme si le rythme lui-même hésitait. Le système sonore recherche une tridimensionnalité imparfaite, volontairement matérielle, loin à la fois du vernis minimaliste et de tout pathétique orchestral.
La production partagée avec Adele Altro réitère ici un partenariat désormais consolidé et fonctionnel : il n’y a aucune complaisance, voire une écoute mutuelle qui amène les arrangements à une sobriété consciente. Les chœurs – Marta Del Grandi, Cecilia Grandi et autres collaborateurs proches de l’univers Giudici – ajoutent une choralité discrète, jamais décorative, comme des présences qui entrent sur la pointe des pieds et disparaissent sans salutation.
« Se retrouver seul soudainement » est un disque qui ne cherche pas l’approbation et ne prétend pas être révélateur. C’est une œuvre cohérente et mesurée qui montre un auteur pleinement dans son propre processus mais toujours en transition. Une preuve solide, mais non définitive : c’est précisément pour cela qu’elle est intéressante. Giudici ne propose pas de raccourcis émotionnels, mais plutôt une invitation à rester en marge, là où les fissures éclairent plus que les surfaces.
Marco est un carrefour sûr pour écouter… une habitude de vie, une chose normale, au fond de ses yeux, pour ne pas se retrouver seul, soudain seul…
NOTE : 7,75
À ÉCOUTER MAINTENANT :
Habitudes de vie – Un carrefour sécuritaire – Ils se souviennent tous d’un grand bruit
À SAUTER IMMÉDIATEMENT
Un petit bijou intime, suspendu, épuré et raffiné.
LISTE DES TRACES :
1. Habitudes de vie
2. Un carrefour sécuritaire
3. Se retrouver seul
4. (pause)
5. Seulement soudainement
6. Une chose normale
7. Tout le monde se souvient d’un grand bruit
8. Je m’allonge
9. (au fond des yeux)
DISCOGRAPHIE
2020 – Des bêtises d’une énorme importance
2025 – Se retrouver soudain seul
WEB ET SOCIAUX
@marcogiudici.it