Critique : SHIVA – « Évangile » [Traccia per traccia]

« Ce sera un album différent des autres, le moment est venu de se convertir » commence-t-il par une déclaration, avec un manifeste dans « Gospel », le nouvel album de Shiva.

L’ascension et la chute, puis l’ascension à nouveau, ne sont plus des paraboles bibliques mais une fusion entre confession et stratégies marketing ou, dans le cas d’Andrea Arrigoni, des cicatrices affichées comme des trophées de guerre.

Avec « Gospel », Shiva tente un saut périlleux, tentant de transformer sa vie en piège hagiographique. C’est un disque qui respire l’asphalte mouillé et l’encens synthétique, une œuvre où la pose musclée de l’ouest de Milan se heurte à une recherche de rédemption qui semble sincère, mais néanmoins filtrée à travers une paire de lunettes de soleil trop chères.

L’ouverture est un manifeste : « V for Gospel » n’est pas seulement une chanson, c’est une déclaration pour ceux qui voulaient que ce soit terminé. Shiva reprend le sceptre en utilisant la jungle de béton comme chaire, s’adressant aux perdants qui ont choisi de gagner, mais il le fait avec une conscience nouvelle. Il y a la peur de mourir, la terreur que l’histoire soit écrite par d’autres, le refus de s’agenouiller autrement que devant son propre destin. La métaphore de la crucifixion médiatique pour la « mode » est mordante, presque un réquisitoire contre un système qui consomme ses idoles avec la même rapidité avec laquelle il les crée.

Musicalement, l’album mené par le fidèle Drillionaire est une balançoire entre dogme du trap et hérésie expérimentale. Si « Peccati » et « Spie » sont de la chair à canon pour l’algorithme TikTok, des morceaux prêts à être moshés facilement, efficaces mais manquant de la profondeur qu’exigerait le titre de l’album, c’est ailleurs que l’œuvre respire vraiment. Dans « Polvere Rosa », le tapis sonore se couvre de chœurs gospel, un virage courageux qui arrache Shiva de la boucle habituelle du 808 pour le projeter dans une dimension presque solennelle.
Il y a aussi un écho des années 90 avec les synthés et le style dans « Risorgere ».

Les featurettes sont une cartographie du pouvoir. « Obsessed » avec Anna est un banger hip hop un peu années 2000, « Bad Bad Bad » avec Geolier est un exercice de style : deux poids lourds jouant aux purs rappeurs, un morceau techniquement impeccable mais qui sent bon un classique instantané pré-programmé. « Babyface » avec Kid Yugi libère cependant un butin magnétique ; La voix de Yugi jonche le morceau de cette fraîcheur nécessaire pour ne pas donner à l’album un aspect trop festif. « Mayday » avec Sfera et Lazza évite heureusement le cliché du tube estival pour s’installer sur une silhouette plus sèche et crédible.

Mais le véritable choc sismique est la collaboration avec Tiziano Ferro dans « Bacio di Giuda!. Une rencontre entre des mondes qui sur le papier auraient dû se rejeter et qui créent au contraire un court-circuit intéressant. Tiziano des premiers jours qui rencontre le maître de la trap, le tout avec des synthés épiques. C’est le symbole définitif de ce « New Shiva »: trap qui cherche l’ennoblissement de la pop d’auteur.

Le point d’appui émotionnel reste cependant « Dieu existe ». Ici, Shiva baisse sa garde. L’aveu est brutal : l’aveu de n’avoir prié que dans le malheur, entre les neuf ans de prison au premier degré et le cancer d’un frère. C’est le narcissisme qui s’effondre face à la réalité. «Je ne suis pas le bon gars que votre fille doit éviter» n’est plus une vantardise de gangsta, mais une prise de conscience mélancolique. Ici, Shiva cesse d’être une carte sainte sortie d’un kiosque à journaux et devient un homme.

« Gospel » n’est pas un album parfait, c’est une œuvre pleine de contradictions exactement comme le garçon qui l’a écrit. Une auto-célébration continue, mais y a-t-il une rédemption à la fin ?

Peut-être. Il y a certainement l’évolution d’un artiste qui a compris que, pour vraiment gagner, les platines ne suffisent pas : il faut une âme, même égratignée, même exposée sans vergogne au jugement du monde.

PISTE PAR PISTE

V pour Évangile – 7h00
Intro qui frappe tout de suite fort. Cela ressemble presque à une lettre d’excuses, mais sans trop s’agenouiller. Il y a le poids de ce qu’il a perdu en cours de route, et ça se ressent.

Poudre rose – 7,75
Un rythme propre, fonctionne bien, ne fatigue pas. Il glisse naturellement et le refrain reste dans la tête sans avoir à le poursuivre. L’un des plus doux.

Obsédé – 6,50
Banger agressif, bonne ambiance. L’exploit ne laisse pas sa marque comme il le pourrait, tandis que le refrain tient l’ensemble du morceau.

Péchés – 8h00
Ici, cela va plus loin. Ça crache des choses, ça ne reste pas en surface. La voix monte parfois trop haut, mais quand le rythme change de vitesse, le morceau décolle vraiment.

Mauvais Mauvais Mauvais – 6,75
J’ai déjà entendu cette ambiance, mais ça marche. Plus léger, plus d’attitude. L’exploit fait son travail et tient le coup, encore plus que prévu.

Dieu existe – 9h00
Le véritable centre du disque. Six minutes qui s’écoulent sans peser. Il se met à nu, parle avec Dieu ou contre Dieu, ce n’est pas clair et c’est peut-être là le problème. Une fin chorale qui élargit tout, cela ressemble à un voyage dans sa tête.

Visage de bébé – 6,75
Un rythme sombre, presque cinématographique. Imagerie sombre, identité marquée. Le refrain fonctionne, le exploit est précis mais il ne vole pas la vedette.

Espions – 7h25
Shiva classique, mais pas dans le mauvais sens. Vie, arrestation, paranoïa. Dans la deuxième partie ça accélère et là le morceau prend vraiment tout son sens.

Baiser de Judas – 7h50
Un exploit inattendu mais parfait. Le piano intervient pour assembler les couplets et laisse respirer. À la fin, cela devient plus introspectif, entre foi et trahison, et c’est là que ça frappe le plus fort.

1er mai – 18h50
Hit classique avec Sfera et Lazza, chanson pour les méchants. Les exploits maintiennent l’énergie élevée, mais cela reste une pièce qui s’échappe rapidement. Lazza entre directement comme d’habitude.

Ressusciter – 7h25
Cela travaille la dynamique : couplets solides, refrain presque murmuré qui crée du contraste. Le monologue final ajoute quelque chose, même s’il frise l’auto-célébration.

Conscience – 9h00
Parmi les plus forts. Direct, sans filtres. Battement, paroles, intention : tout s’aligne. Il ne se cache pas ici.

À ÉCOUTER MAINTENANT

Obsédé – Bad Bad Bad – Babyface

À SAUTER IMMÉDIATEMENT

Nous recommandons absolument une écoute complète. Alors saute-le

NOTE : 7h00

LISTE DES TRACES

V pour Évangile
Poudre rose
Obsédé (Ft. ANNA)
Péchés
Bad Bad Bad (Ft. Géolier)
Prendre
Dieu existe
Babyface (Ft.Kid Yugi)
Espions
Baiser de Judas (Ft. Tiziano Ferro)
Mayday (Ft.Lazza & Sfera Ebbasta)
Lève-toi à nouveau
Conscience