Lorsque vous êtes DJ résident dans une discothèque puissante comme le Club Space de Miami, la polyvalence est la clé. Jonathan Trujillo, mieux connu sous le nom de Jonny From Space, l’a appris par expérience. Sa propre musique est enracinée dans l’héritage de groupes locaux comme Phoenecia et leur label Schematic ; la plupart de ses réservations, dans le plus intime Floyd (un club au sein du superclub), ont tendance à se faire aux côtés d’âmes partageant les mêmes idées comme Ben UFO et son compatriote DJ de Floride Danny Daze. Mais parfois, l’ambiance de la soirée dicte l’ambiance : Trujillo a déjà été chargé d’ouvrir un set consécutif prolongé des caméléons EDM Diplo et Carnage, pendant le week-end du Super Bowl, en plus. La même semaine, il révèle une facette considérablement différente de lui-même sur son premier EP. Recueil de six titres de bubblers ambiants « réalisés dans des états altérés et des espaces méditatifs », le disque suggère que « l’espace » dans son pseudonyme a probablement moins à voir avec son employeur qu’avec sa fascination pour les limites extérieures.
Au cours des deux dernières années, Jonny From Space a constitué une discographie soignée de matériel à tendance cosmique, certains étant axés sur les clubs, et d’autres pas du tout. Sur son premier album, à l’époque je ne le faisais pas mais maintenant je le fais, il se penche sur ses instincts plus introspectifs, privilégiant les tempos mesurés et les textures plumeuses. Le choix convient au label qui publie le disque : le label Incienso de Jenny Slattery et Anthony Naples, où Naples – à l’origine connu pour ses productions en club – s’est de plus en plus concentré sur les vibrations d’observation des nuages. Mais même dans ses moments les plus froids, Trujillo atteint ici un équilibre inhabituel : ses atmosphères sont peut-être vaporeuses, mais sa batterie est solide et résistante, tranchante comme un coup soudain dans le sternum.
L’album s’ouvre sur une note résolument downtempo avec « Crystal Eyes », dont le boom-bap doublé et les nappes rêveuses rendent hommage aux délices du fumeur comme le classique de Mo Wax. Tête 2 série de compilations, pierre angulaire du trip-hop du milieu des années 90. Trujillo a une oreille attentive pour les contrastes : la boîte à rythmes est nette et déclarative, mais les éléments tonals du morceau sont instables et amorphes, difficiles à cerner. Le groove régulier et les accents vacillants donnent l’impression d’une petite ville aperçue depuis un avion la nuit, les lumières scintillant dans l’obscurité.