Charley Crockett : Critique de l’album Age of the Ram

L’âge du bélierle troisième album que Charley Crockett a sorti en un peu plus d’un an, se met en valeur avec le son d’un projecteur de film vrombissant, son doux bourdonnement accompagnant le troubadour texan alors qu’il chante sur la vie et l’époque du hors-la-loi Billy McLane. Il s’agit d’un dispositif à double cadrage, établissant que Crockett passera l’album à suivre le personnage, tout en plaçant la musique fermement dans la tradition des grands contes de l’Ouest américain, des histoires transmises à travers la chanson, les romans de dix sous et les films de série B.

L’âge du bélier est le dernier chapitre de la « Trilogie Sagebrush » de Crockett et son inspiration est un peu plus fastueuse que pulpeuse. L’auteur-compositeur-interprète affirme que l’idée est venue de quelqu’un chez Island Records, son principal label actuel, après un premier acte rempli d’indies. Pourquoi ne pas faire une série de disques, a suggéré cette personne, sur le modèle de la Border Trilogy de Cormac McCarthy, la série de romans de l’écrivain bien-aimé sur les jeunes cowboys du sud-ouest américain ? L’idée est venue à Crockett après avoir déjà réalisé Vagabond solitairesa première collaboration avec le producteur Shooter Jennings, il a donc construit ses compagnons autour de deux archétypes distincts : Dollar par jour il s’agit d’un voleur et d’un arnaqueur, tandis que L’âge du bélier s’intéresse à un solitaire qui vit juste hors la loi.

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Crockett ne prend pas la peine de dissimuler qu’il s’agit d’un trope reconnaissable, chantant une ballade sur le tir de Jesse James et se vantant d’être le « pistolet le plus rapide du monde ». Il agrémente également l’album de répétitions de son thème « Life & Times of Billy McLane », évoquant la façon dont « Time of the Preacher » tourne autour du monument country hors-la-loi de Willie Nelson en 1975. Étranger aux cheveux rouges. Crockett est cependant trop grégaire pour reproduire la ballade austère du désert de Willie. Il gazouillera un intermède acoustique à l’occasion, laissant ces moments calmes ponctuer la divagation longue de son groupe roadhouse.

Cependant, en mettant l’accent sur l’ambiance et le groove plutôt que sur l’histoire, Crockett révèle par inadvertance ses cartes. Il est trop agité pour se concentrer sur un long récit, préférant créer un collage où le familier est animé par ses particularités. Prenez l’autre motif récurrent qui se retrouve partout L’âge du bélier: la chanson thème de Jimmy Buffett pour Rancho Deluxeune comédie country de 1975 avec Jeff Bridges et Sam Waterston qui n’est pas particulièrement connue en dehors de Parrotheads. Ici, ses charmes brûlés par le soleil semblent aussi naturels que le country-funk de « Kentucky Too Long », la chanson de saloon survoltée « My Last Drink of Wine », le honky tonk hardcore de « Fastest Gun Alive » ou le récit de voyage décontracté de « Lonesome Dove ».

« Lonesome Dove » fait un clin d’œil au roman western épique du même nom de Larry McMurtry, immortalisé dans une mini-série mettant en vedette Robert Duvall et Tommy Lee Jones. Mais le coup de chapeau le plus révélateur concerne quelques reprises de chansons associées à Waylon Jennings, le père du producteur de l’album. Crockett récupère « Sweet Mother Texas » d’Eddy Raven dans l’un des disques oubliés de Waylon des années 80, puis fait revivre « Low Down Freedom », une chanson de Billy Joe Shaver que Jennings a mise Héros Honky Tonkun autre texte définitif de pays hors-la-loi. En convoquant Willie et Waylon sur L’âge du bélierCrockett en déduit avec désinvolture qu’il est leur héritier, tirant son chapeau à la tradition au lieu de s’emparer de la couronne de hors-la-loi.