Chiello-_AGONIA_album-2026
L’incipit d’Agonia, le nouvel album de Chiello, n’est pas une invitation ni une simple intro : c’est un état d’esprit. « Espérer que demain viendra bientôt / Mais en attendant regretter hier » agit comme un pivot immobile autour duquel tournent tous les vertiges de Rocco.
Chiello inaugure la quatrième œuvre avec une affirmation ontologique qui cristallise le tourment dans une stase dense, où le désir d’avenir succombe au fétichisme du regret. C’est une agonie sonore qui transcende la dimension lyrique pour devenir une architecture visuelle, trouvant une adéquation parfaite avec l’œuvre de Todd Hido choisie pour la couverture.
Puisant dans le corpus de House Hunting, Chiello ne choisit pas une image au hasard : il embrasse une esthétique de l’étrangeté, où les banlieues américaines deviennent la topographie de l’âme. Dans ces vues nocturnes, la présence humaine est une hypothèse suggérée par la lueur anémique d’un téléviseur ou le filtre d’une fenêtre éclairée dans l’obscurité. La musique habite le même espace liminal entre le confort du foyer et l’agitation du vide.
Le récit se déroule ainsi dans un paysage suburbain de la psyché, où la mélancolie n’est pas une affectation mais un état persistant, une beauté fragile nourrie d’une solitude presque liturgique.
Même musicalement, Chiello et Tommaso Ottomano construisent des scénarios dans lesquels il n’y a pas de place pour la banalité de la pop consolatrice. Le quotidien se transfigure en tension émotionnelle omniprésente, puisant au plus profond de l’être. Entre souvenir et désespoir, Agonia devient un dialogue étroit avec l’imaginaire de Rocco : un son alt, presque sombre et granuleux (ça me rappelle quelque chose de The Cure), l’introspection comme acte de résistance poétique contre l’incertitude du lendemain, avec la dignité d’un mensonge bien raconté préférée au vide de la réalité.
Le disque se termine comme il a commencé : « Je pars / Je pars / Il y a un moment où / Nous devons tous nous dire au revoir / Je pars. »
Minimal, nihiliste, sombre, sombre. Un des meilleurs morceaux, avec la férocité finale entre jeu de guitare, clavier léger et batterie en fondu.
C’est le monde de Rocco…
À ÉCOUTER MAINTENANT
Vulcain – je pense toujours à toi – Fantômes et peurs – je m’en vais
À SAUTER IMMÉDIATEMENT
L’album doit être écouté du début à la fin. 34 minutes bien dépensées !