Critique : DRAKE – « Iceman » –

Le dernier disque de Drake que j’ai écouté et consommé de manière compulsive était « Views », il y a dix ans. La suite m’a convaincu par moments, m’a systématiquement déçu : un artiste qui a chassé la vague du genre sans décider qui il voulait vraiment être.

Le piège de Drake ne m’a jamais intéressé. R&B, soul, hip hop constructif, oui. J’arrive donc à « ICEMAN » avec de grandes attentes et une histoire compliquée : l’album commun médiocre avec PartyNextDoor, les mille désaccords avec Kendrick Lamar et la défaite symbolique qui a suivi. Ce n’est pas un artiste qui arrive en position de force.

Pourtant la réponse ne passe pas par la vengeance directe, et c’est le choix le plus intéressant de ce neuvième chapitre de la discographie du rappeur.

Drake construit un imaginaire du froid qui n’est pas esthétique, c’est presque une tactique. Gelez le désordre, lissez la surface, rendez-vous inaccessible. Toronto reste au fond et devient un ciel mental gris, la poussière sur les trophées n’est pas de la mélancolie mais une accusation dirigée contre soi-même, le succès pèse comme la culpabilité. Les relations se réduisent à une dette morale, le temps devient une accusation. C’est une confession calibrée, pas une explosion.

Le problème est que cette architecture conceptuelle repose souvent sur une base musicale qui ne peut pas supporter le poids. Drake continue de se laisser envelopper par les rythmes trap sans vraiment regarder ailleurs et sans développer une évolution, ni dans le rap ni dans le hip hop qui l’a formé, ni dans quelque chose de nouveau. Chaque fois que l’album touche à quelque chose de vrai sur le plan lyrique ou émotionnel, la production risque de le nier, aplatissant l’histoire sur des coordonnées déjà connues.

Au niveau des paroles, « ICEMAN » s’ouvre avec Faites-les pleurer sans reprendre mon souffle. Poussière il dépose la renommée comme un sédiment instable, une gloire qui perd sa définition à mesure que vous la regardez. Chuchote mon nom c’est le moment où menace et respect coïncident sur la même fréquence vocale. Shabang au lieu de cela, c’est l’énergie post-bœuf qui continue de sédimenter et de la consommer.

Des ponts en feu il a un début élégant avec un plan qui est de bon augure et se transforme ensuite en un substrat urbain solide fait d’amour contre carrière.
Trésors nationaux il commence par un échantillon qui semble lyrique (il me faut le vérifier) ​​puis vire vers une énergie sombre et architecturale, Toronto élevé au rang de mythe personnel avec la même nonchalance avec laquelle d’autres artistes citent leur propre chemin. Qu’est-ce que j’ai raté ? c’est l’un des moments qui semble le plus honnête du projet : il ne s’excuse pas mais se remet en question. Une fois de plus, il affronte les conséquences du conflit avec Kendrick sans en faire une arme chargée, il les utilise comme un miroir déformant.

Torsion de l’intrigue c’est l’album condensé en un morceau : le déclin comme stratégie, la crise comme matière narrative réabsorbée et restituée. Le vieux Drake n’est pas pleuré, il est archivé.

2 Difficile 4 La radio Il a un joli rythme à l’ancienne. Ne t’inquiète pas c’est du R&B raréfié qui ne résout rien, et ce n’est pas grave tant que Amis fermes se réactive et la reconnaissance d’une identité stratifiée dans le temps vaut plus que n’importe quelle déclaration explicite.

Puis il y a les moments où la machine se bloque. A couru à Atlanta avec Future et Molly Santana reproduit un code déjà écrit du pouvoir, du luxe et des alliances qui tournent en rond. Janice STFU il répond aux ragots avec un sarcasme lucide qui ne suffit pas à justifier un morceau entier. Les B sont sur la table un autre morceau avec un exploit. celui des 21 œuvres de Savage, tant que l’argent reste un langage, il s’effondre lorsqu’il devient catalogue.

Ça ferme tout Faites-leur savoirune déclaration d’identité irréversible. Épilogue froid, dénué de catharsis, le passé n’est pas retravaillé, il est archivé.

Je l’ai écouté toute la matinée. Comme d’habitude trois fois. Le premier à comprendre, le deuxième à vraiment écouter, le troisième je n’ai pas réussi à le décoder complètement. Dix-huit morceaux pendant plus d’une heure, c’est trop, mais ce n’est plus un choix artistique, c’est un format imposé par la logique du streaming, et Drake s’y installe sans résister.

Ce qui reste est un autoportrait dans lequel la froideur est une surface d’exposition et non un abri. Transparent, avec fissures visibles.

Entre vengeance et paranoïa, l’Iceman s’impose comme une présence incontournable !

Ps. Pour les deux autres la revue sous peu

NOTE : 6,50

À ÉCOUTER MAINTENANT

Shabang – Burning Bridges – 2 Hard 4 The Radio – Firm Friends

À SAUTER IMMÉDIATEMENT

Je ne dirais rien pour une première écoute. Nous devons à nouveau avoir de ses nouvelles dans quelques jours !

LISTE DES TRACES

Faites-les pleurer
Poussière
Chuchote mon nom
Janice STFU
Ran To Atlanta de Drake, Future et Molly Santana
Shabang
Faites-les payer
Des ponts en feu
Trésors nationaux
B’s On The Table par Drake & 21 Savage
Qu’est-ce que j’ai raté ?
Torsion de l’intrigue
2 Difficile 4 La radio
Faites-leur se souvenir
Petit oiseau
Ne t’inquiète pas
Amis fermes
Faites-leur savoir

DISCOGRAPHIE