La première fois que j’ai appuyé sur play sur le filigrane de « Fenian” J’avais déjà une attente, bâtie sur l’album précédent, sur ce mélange d’insolence et d’intuition qui avait rendu Kneecap impossible à ignorer.
Je pensais savoir ce qui allait se passer. J’ai eu tort.
Dès la première écoute, il était déjà clair que quelque chose avait pris une autre forme, que le groupe auquel j’avais en tête avait évolué vers quelque chose de plus grand.
Plus d’obscurité. Plus de confrontation. Plus fou. Plus d’énergie. Plus de solidarité. plus déterminé et plus précis que tout ce que j’avais imaginé.
Le titre était déjà une déclaration d’intention. Mais il y a quelque chose de plus dans ce mot, quelque chose qui dépasse l’histoire : fénian c’est celui qui commence comme un outsider, celui qui lutte contre un ordre qui ne le prévoit pas comme vainqueur. À l’heure où cette condition rassemble plus de personnes qu’on ne veut l’admettre, le terme revient avec une précision qui ne nécessite aucune explication. Pour ceux qui ont des racines irlandaises, vous le savez déjà. Pour tout le monde, écoutez simplement.
Le contexte compte. L’État britannique a tenté d’inculper Mo Chara après qu’il aurait brandi un drapeau du Hezbollah sur scène. Le procès n’a pas abouti à une condamnation, mais il a fourni au trio de Belfast la matière émotionnelle et la fureur créatrice pour un disque qui ne s’apitoie jamais sur lui-même. Transformer le siège en carburant : c’est la décision la plus intelligente de l’album.
Dan Carey, déjà l’architecte du son de Fontaines DC, ne se limite pas à la production : il construit des environnements sonores qui amplifient tous les angles politiques de l’album et révèlent à quel point le trio a métabolisé certains modèles.
Il y a la tension physique du Prodigy, l’ambiance dense et cinématographique de Massive Attack, l’audace rythmique des Beastie Boys. Un langage que Carey transforme en quelque chose qui leur ressemble. Mais s’il existe un héritage moral qui «Fenian” Les revendications les plus fortes sont celles de Public Emeny et de Rage Against the Machine : la croyance que la musique populaire peut être un acte politique sans cesser de faire du rock.
L’album s’ouvre avec Éire va DeoIreland Forever, devise patriotique et déclaration d’intention simultanée : ça sonne comme Enya gone punk, deux minutes qui préparent l’oreille à quelque chose qui ne sera jamais réconfortant.
Contrebandiers et érudits il donne des textures éthérées aux rythmes industriels tout en parlant de contrebande d’armes financée par des dollars américains. Carnavalsur l’orbite de Massive Attack, e L’histoire du menteur ils documentent le cirque médiatique du procès sans sombrer dans la victimisation. Grand méchant Mo c’est de la transe avec une basse qui n’abandonne pas et une finale au piano presque house et étonnamment lyrique.
Casque se rapproche de la drum and bass, Un Ra il possède un synthétiseur de musique spatiale obsessionnelle qui accompagne une attaque contre le néolibéralisme sans avoir besoin de traduction. Occupé 6 il pose la main sur les cicatrices sans gestes théâtraux.
Palestine c’est le moment le plus politiquement chargé. Mo Chara et Móglaí Bap échangent des rimes avec Fawzi, un rappeur de Ramallah, dans une chanson qui cite au milieu le mème de Paddy Losty, un habitué des bars de Dublin qui a tout sacrifié pour une vie de pintes. Le geste est typiquement Kneecap : mêlant urgence et absurdité, douleur et ironie délabrée, sans qu’aucun registre ne diminue l’autre.
Colline de la cocaïne est l’exception : une complainte sur le côté obscur du succès avec des guitares prog à la Pink Floyd, un règlement de compte privé au milieu d’un disque bâti pour le collectif.
Vient ensuite la conclusion Au revoir irlandaisun duo avec Kae Tempest, sur un piano solo, une chanson qui transforme le deuil en écriture exposée, sans filtres ni rhétorique consolatrice, un adieu mélancolique et nuance inattendue pour un groupe qui semble toujours sur le point d’exploser.
« Fénien » c’est un record auquel vous pouvez vous battre, quelle que soit votre position politique, car son énergie précède toute position. Mais ceux qui écoutent attentivement savent exactement ce qu’il dit et de quel côté il se situe.
Le défi était de prouver que leur talent allait au-delà du simple fait d’ennuyer les mauvaises personnes sur Internet. « Fenian” il explose, palpite et le gagne sans effort.
SCORE: 8h00
LES VOTES DES AUTRES
The Irish Times – Note 10,00
Mojo – Note 8,00
Non coupé – Note 8,00
The Independent (Royaume-Uni) – Note 8,00
Collectionneur de disques – Note 8,00
À ÉCOUTER MAINTENANT
Smugglers & Scholars – Carnival – Palestine (ft. Fawzi) – Irish Goodbye (ft. Kae Tempest)
À SAUTER IMMÉDIATEMENT
Rien. 14 titres peuvent paraître beaucoup et l’album peut paraître ennuyeux mais pas une seconde.
LISTE DES TRACES
Éire va Deo
Contrebandiers et érudits
Carnaval
Palestine (ft. Fawzi)
Conte des menteurs
FÉNIEN
Grand méchant Mo
Casque
Un Ra
Froid au sommet
Occupé 6
Gaël Phonics
Cocaïne Hill (ft. Radie Peat)
Au revoir irlandais (ft. Kae Tempest)
DISCOGRAPHIE
2018 – 3CAG
2024 – Beaux-Arts
2026 – Fenian
VIDÉO
WEB ET SOCIAUX
www.kneecap.ie
@genou32