Interview – DAVIDE VAN DE SFROOS & FOLKESTRA 2026 : entre musique, mémoire, théâtre et territoire

Van De Sfroos_creditCarloPozzoni

Le lac de Côme, les jours sombres, cesse d’être un décor et devient un personnage. L’eau devient sombre, calme, compacte, presque pensive ; l’horizon s’abaisse, comme si tout était obligé de regarder à l’intérieur de lui-même.

C’est ici que je rencontre Davide Van De Sfroos, debout devant le lac, dont le regard semble suivre une ligne intérieure plus que le mouvement de l’eau.

La tournée avec Folkestra vient de commencer, mais l’air qui l’accompagne est déjà plein de stratifications émotionnelles.

Van De Sfroos nous raconte sa musique sans jamais la séparer des lieux, des chansons des gens. Le lac derrière n’est pas une image décorative, mais un point de départ : territoire, mémoire, écoute.

C’est à partir de là que se dessine une conversation qui traverse la communauté, le théâtre comme espace d’écoute privilégié, le folk comme identité sonore, la curiosité comme seule posture possible pour rester en vie dans le présent.

L’ENTREVUE

La tournée 2026 a débuté à un moment émotionnellement délicat, marqué par la mort de Paolo Bono, surnommé « la Moustache ». Qui était-il pour toi ?

Paolo a été mon premier fan, mais en réalité il l’était bien plus.
C’était un guide silencieux, une présence constante, quelqu’un qui me suivait toujours et qui, d’une certaine manière, me tenait la main.
Il faisait partie de ceux qui ne manquaient jamais : aux concerts, aux moments importants, mais aussi aux moments moins visibles.
Où qu’il soit maintenant, je sais qu’il continuera à être là. Et cela, pour moi, est plus important que n’importe quelle commémoration officielle.

Cela s’est produit juste au moment où nous avons commencé le spectacle en direct. A ce moment-là, j’ai compris quelque chose de très simple : il fallait monter sur scène pour lui et avec lui. Non pas comme un geste symbolique, mais comme une nécessité.
La musique, à certains moments, ne console pas : elle accompagne. Et ce soir-là, elle devait aussi l’accompagner.

Il y a onze musiciens sur scène. De quel genre de projet s’agit-il en live avec Folkestra ?

Cette tournée est une façon de redécouvrir mes chansons sous un autre jour avec de nouvelles couleurs, de nouveaux souffles. La Folkestra apporte l’énergie et la profondeur du son collectif, mais reste fidèle à l’esprit des histoires que nous avons toujours racontées avec le public.

Il s’agit d’une structure populaire, au sens le plus profond du terme. Ce n’est pas un orchestre placé là pour magnifier le son, mais un organisme qui respire avec les chants. Nous avons réarrangé de nombreuses chansons en travaillant sur les violons et les tissages, à la recherche de nouvelles perspectives sans perdre l’essence originale. Les chants restent reconnaissables, mais ils changent de posture.

Qu’est-ce que cela vous apporte de travailler avec un line-up aussi large et de nouveaux musiciens ?

A chaque fois c’est une injection d’énergie. Les nouveaux musiciens apportent un regard différent sur le son, sur l’avenir, sur le fait même d’être sur scène. Ils ont un rapport plus physique, plus instinctif à l’énergie du live. C’est quelque chose que, avec le temps, vous risquez de prendre pour acquis. Ils le remettent devant vous, ils vous obligent à vous rappeler pourquoi vous êtes là.

Il y a des chansons qui bénéficient particulièrement de ce nouveau look.

Oui, surtout les plus lents et les plus narratifs. Des chansons qui demandent du temps, de la profondeur. Avec Folkestra, ils trouvent une nouvelle dimension, comme s’ils disposaient enfin d’un décor théâtral adéquat. Ils ne sont pas alourdis, mais soutenus.

Le théâtre semble être le cadre idéal pour ce projet.

Le théâtre vous récompense par l’écoute. Il y a le silence, il y a l’acoustique, il y a l’attention. Vous pouvez vous permettre de murmurer, sans toujours élever la voix. Les concerts d’été sont merveilleux, vitaux, mais aussi chaotiques.
L’hiver au théâtre se prête mieux à ces chansons qui ont besoin d’espace, de respiration, d’un regard qui ne s’échappe pas.

Dans votre travail, les gens sont toujours liés au territoire.

Par la force. Le folk n’est pas un genre abstrait, c’est quelque chose de profondément territorial. C’est la manière dont un lieu devient musique, histoire, identité. Vous ne pouvez pas le séparer de son origine.

Côme reste un point fixe, encore aujourd’hui.

Surtout, l’équipe de football d’aujourd’hui est une surprise constante. J’ai toujours soutenu Côme et voir ce qu’il fait est incroyable. C’est une fierté pour toute la ville, quelque chose qui va au-delà du football.

Les fans ont adopté une de vos chansons.

Oui, Pulenta et galène. Ils changent un mot et chantent « avec l’écharpe Como ». C’est un véritable honneur.
Mais je ne vais presque jamais au stade. Je serais trop à l’étroit dans les tribunes. Je dois constamment bouger et je ne peux pas rester dans le stade.
Je regarde le match avec mes vieux, avec leurs invectives, leurs plaintes.
C’est un autre type de réjouissance, plus domestique, plus authentique pour moi.

Continuez-vous à écrire de nouvelles chansons ?

Oui, j’ai toujours quelque chose de nouveau dans ma chambre. Des chansons qui tentent de devenir des chansons. Mon studio est un endroit un peu chaotique : livres, disques, instruments, notes. C’est un laboratoire plus qu’un studio. Nous verrons ce qui en résultera, pas de précipitation.

Quel genre d’auditeur êtes-vous aujourd’hui ?

Très curieux. J’écoute beaucoup de musique que je ne connais pas, j’aime chercher, enquêter, découvrir de nouvelles choses, même parmi les nouvelles générations. Je ne crois pas à l’idée de s’arrêter à un canon.

Il reste cependant des références fortes.

Bien sûr : Dylan, Genesis, Creedence Clearwater Revival sont des points forts. Mais ils ne suffisent pas. Dernièrement j’ai aussi écouté le nouvel album de Yungblud avec Aerosmith et je l’ai trouvé plein d’idées, d’énergie, de modernité.

Que signifie rester curieux aujourd’hui ?

Cela signifie comprendre que même un Nerissimo Serpe, pour les enfants d’aujourd’hui, raconte leur monde. Il ne faut pas diaboliser la nouvelle musique mais essayer de la comprendre. Et si vous voulez continuer à faire une musique qui a du sens, vous devez au moins essayer d’écouter ce monde.

LA VISITE

31 janvier VILLADOSSOLA (VB) Teatro La Fabbrica COMPLET
1 février MILAN Teatro Dal Verme
10 février LUGANO Lac
14 février SONDRIO Teatro Sociale COMPLET
19 février SEREGNO (MB) Théâtre San Rocco COMPLET
25 février VIGEVANO (PV) Théâtre Cagnoni
7 mars CREMONA Infinity Theatre 1
10 mars ARCORE (MB) Cineteatro Nuovo COMPLET
14 mars SARONNO (VA) Théâtre Giuditta Pasta COMPLET
21 mars VÉRONE Teatro Nuovo
25 mars COMO Teatro Sociale COMPLET et liste d’attente pour les loges
18 avril TRENTO Auditorium S. Chiara
24 avril BERGAME Théâtre Donizetti

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@davide_van_de_sfroos