Je voulais changer de nom et me débarrasser de ce ressentiment, mais j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de meilleur nom en ce moment. C’est l’outil parfait de propagande politique pour programmer et faire bouger les masses.
Le monde se divise en parties de plus en plus petites, jusqu’à ce que nous nous retrouvions seuls dans notre ressentiment.
Chacun choisit sa propre couleur dans une guerre qui endort nos âmes. Sommes-nous encore capables de mélanger, de nous salir avec les couleurs des autres pour nous réveiller les uns les autres ?
De « Segui me » il y a vingt ans à « Fantalonavo » de TAREK À COULEUR: Quelle est la trajectoire de Tarek ?
Si je regarde « Segui me », un disque que j’ai réalisé entre quinze et seize ans, je vois une autre époque, du monde et de ma vie.
J’étais encore à l’école. Il existe pourtant un fil qui n’a jamais été rompu.
Cet album s’ouvrait sur la définition de « rancune » tirée du dictionnaire, comme une voix neutre, presque un Google ante litteram de mots.
Aujourd’hui, lorsque je construis un « fanfore » ou un langage inventé, je pars encore de l’étymologie : j’entre dans la racine des mots, je les démonte et je les recompose. Je les vide, je les réécris.Les chansons restent une forme d’alchimie. Des ingrédients qui deviennent une formule. Mon regard a changé : alors j’ai perçu une dimension, aujourd’hui j’en reconnais bien d’autres. Deuxième, troisième, quatrième. Mais la matrice est la même.
Même alors, vous parliez de « cours d’italien » dans vos paroles. Une provocation ?
Un paradoxe, mais jusqu’à un certain point. C’était la critique d’un étudiant à l’égard de l’école. J’écrivais un disque en sautant les cours d’italien : quelque chose n’allait pas.
Pourquoi ai-je dû chercher ailleurs les outils pour m’exprimer ?C’était un court-circuit. J’étais attentif en cours de physique, mais pas en cours d’italien. Pourtant j’écrivais. Cela en dit long sur la façon dont certains systèmes ne parviennent pas à intercepter l’urgence expressive.
Au fil du temps, votre rapport au mot est devenu presque obsessionnel.
Le mot est devenu un voyage englobant. Mon monde est une architecture linguistique. Et c’est précisément pour cette raison qu’à un moment donné, j’ai ressenti le besoin de le saboter.
Hackez la langue pour ne pas en rester prisonnier.Mais le problème est plus large. Je ne pense pas que la musique ait mal évolué, mais plutôt les êtres humains. Et cela se reflète inévitablement dans les arts. La musique, en elle-même, reste quelque chose de pur, presque sacré. Vous ne le touchez pas, vous ne le voyez pas, il vous traverse.
C’est un sentiment involontaire et inévitable. Il a en cela quelque chose de profondément proche d’une dimension que l’on peut qualifier de divine.
La crise est-elle donc plus anthropologique qu’esthétique ?
Oui. Quand l’homme s’appauvrit, ses expressions aussi deviennent inclinées. Et le système dans lequel nous vivons tend à nous convaincre que ce qui est authentiquement beau ne l’est pas vraiment.
Nous devons défendre cette beauté. Tenez-la fort. Ne vous laissez pas alourdir par des structures qui altèrent sa pureté.
Dans ce scénario, l’art peut-il encore être un outil d’évolution ?
C’est inévitablement le cas. C’est trop lié à quelque chose de profond, qu’on peut qualifier de divin ou de collectif. Il y a un esprit du temps, un inconscient partagé qui nous anime. L’artiste parvient, un instant, à le fixer. Comme un film enfermé dans une bouteille.
Cela dure peu de temps, peut-être très peu. Mais ça existe. Et quand on entre en contact avec ce moment, c’est comme si la réalité cessait d’être une seule surface.
L’art vous émeut, vous oblige à voir une autre facette du prisme.
Complexité contre simplification ?
Exact. Pas de complication, mais de complexité. À une époque qui simplifie tout pour la défense, même celle de l’ennemi, l’art fonctionne en sens inverse. Integra, maintient les opposés ensemble.
Il peut le faire de mille manières : de manière politique, ironique, légère, brutale. Mais toujours en élargissant le champ. Même juste pour une journée.
Et ce jour-là, vos possibilités, vos choix, votre façon d’être au monde changent.
Et la musique là-dedans ?
La musique vous oblige à entrer dans l’autre. C’est l’étape la plus difficile. Dans une époque qui craint le contact, qui boude les couleurs des autres, la musique invite à se salir.
Comprendre, honorer.
C’est là que quelque chose se passe.
De quelle couleur vous sentez-vous aujourd’hui ?
J’ai du mal à choisir une couleur spécifique. La dernière période a été chaotique, presque une bataille, et dans les batailles les couleurs se chevauchent. Il y a aussi du rouge, forcément.
Mais je m’intéresse davantage au thème des nuances, ce qui est exactement ce qui me manque en ce moment.
Dans la vie, je deviens rigide sur les teintes trop claires. Si je devais vous répondre instinctivement je dirais rouge, mais en réalité j’aimerais dire toutes les couleurs. Je sais qu’au cours de la journée, je vais parcourir tout un spectre de couleurs.C’est la même invitation que je fais à ceux qui écoutent : couleur, ne t’enferme pas dans le noir.
Ces dernières années, je me suis moi-même considéré comme trop monochrome. Maintenant, je ressens le besoin de revenir à la nuance.
Rome reste un point clé. De Tufello au centre : qu’est-ce qui a changé et que reste-t-il ?
Tufello est à la fois un lieu réel et une dimension intérieure. C’est la banlieue où j’ai grandi, mais aussi un état d’âme. Dans mes chansons, cela devient un espace de calme apparent, traversé par une énergie latente, un ressentiment qui reste en retrait, comme cela arrive souvent en banlieue.
Quand je parle de Rome dans cet album, je le fais de manière plus large, presque symbolique. C’est le mouvement vers le centre, même quand on a l’impression de ne pas y appartenir. Ces dernières années, j’ai vécu cette tension : bouger, entrer dans un lieu qui n’est pas le mien, mais qui d’une manière ou d’une autre m’appelle.
Rome comme organisme complexe, donc.
Oui, une ville stratifiée, se dépassant presque. Il apporte avec lui une énergie ancienne et est en même temps exposé à un présent changeant. C’est un observatoire privilégié : le pouvoir politique, religieux, médiatique, tout cohabite et se superpose.
Ces dernières années, cela a changé à mesure que le monde changeait. Les banlieues se transforment, le centre se redéfinit, de nouvelles forces émergent. C’est un système qui devient compliqué. Rome, en ce sens, devient une métaphore très claire de ce qui se passe à l’extérieur et à l’intérieur de nous.
Vous serez de retour en live en mai. Quelle forme prendra cette nouvelle dimension du live ?
Je vais continuer à travailler avec le groupe avec lequel j’ai construit les derniers concerts. Tous ceux qui m’ont vu en concert savent que c’est une dimension consolidée, notamment parce que certains d’entre eux participent activement à l’album.
Par rapport à Xénoversequi était très théâtral et construit presque comme un scénario, j’imagine ici quelque chose de plus libre. Pas forcément moins structuré, mais moins contraint.
Plus proche d’une énergie directe, plus instinctive.Si Xénoverse était un univers fermé, ce sera une continuation plus naturelle de Musique pour les enfants: un shape plus ouvert, plus brut, encore plus « punk » si on veut.
Un cri collectif, désespéré et libérateur à la fois. C’est là que j’aimerais en arriver.
LES FORMATS
« TAREK TO COLOR » sera également disponible dans les formats physiques suivants
● Ensemble vinyle dédicacé doublement numéroté + crayons
● CD numéroté dédicacé + set de crayons
● Double vinyle
● CD
ÉCOUTER LE DISQUE
EN MAGASIN
La visite des magasins « TAREK DA COLORARE » part de Rome. Ci-dessous les dates auxquelles l’artiste rencontrera ses fans :
Vendredi 3 avril – Rome, Discoteca Laziale
Samedi 4 avril – Florence, Galleria Del Disco
Mardi 7 avril – Milan, Soucoupes Volantes
Mercredi 8 avril – Bologne, Semm
Jeudi 9 avril – Turin, Capodoglio
EN DIRECT
8 mai – MILAN, FABRIQUE
15 mai – ROME, ATLANTIQUE – COMPLET
16 mai – ROME, ATLANTIQUE
25 juin – SALERNE, Fête de Limen
04 juillet – RECANATI (MC), Festival des Souvenirs
06 juillet – BOLOGNE, Bonsaï
10 juillet – FLORENCE, Amphithéâtre Cascine
13 juillet – COLLEGNO (TO), Fête des Fleurs
14 juillet – VICENZA, Festival Jamrock
23 juillet – MARINA DI RAVENNA (RA), Festival UNDER
27 juillet – TORRE SANTA SUSANNA (BR), Festival de Musique Bembe
02 août – GRADISCA D’ISONZO (GO), Vagues Méditerranéennes
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