« Zefiro », le premier EP de TÄRA, arrive sous la forme d’un disque qui se construit et se comprend au fil de l’écoute.
TÄRA la présente comme une œuvre née d’un mouvement géographique et interne continu, dans laquelle les chansons deviennent des points de passage plutôt que des points d’arrivée. A l’intérieur il y a les origines, la relation avec la famille, la distance avec les lieux et les personnes, mais aussi une réflexion plus large sur l’identité et l’appartenance.
Le son suit la même logique : il ne se stabilise pas, il mélange différentes références et sensibilités sans les transformer en citations évidentes. L’écriture oscille entre autobiographie et observation, avec une composante culturelle et politique qui émerge de manière directe mais jamais didactique. Le résultat est un projet qui unit biographie et contexte, sans clore les questions qu’il ouvre.
Nous avons rencontré TÄRA et avons essayé d’entrer dans « Zefiro » avec elle à travers l’écriture, la mémoire et la construction visuelle du projet.
ENTRETIEN
« Zefiro » semble être construit comme un voyage intérieur avant même un voyage musical. Que représente pour vous ce vent qui donne son titre au projet ?
« Zefiro », c’est le vent qui vient de l’Ouest, mais pour moi c’est avant tout un double mouvement.
C’est un retour et en même temps un mouvement continu. À une certaine époque de ma vie, cela signifiait exactement cela : un transport, mais aussi une traversée intérieure.
Comme si je voyageais à l’intérieur de moi-même, passant d’une phase à une autre.
Chaque chanson est une étape différente de ce voyage, de la dualité initiale à la relation avec ma famille et mes origines, jusqu’à une fermeture suspendue, presque en apnée, comme si quelque chose était encore à venir.
L’écriture lyrique a un poids très fort dans cette œuvre, presque autant que la partie musicale. Dans quelle mesure s’agissait-il d’un processus de témoignage personnel ?
Tout cela était très lié. Il y a certes une idée d’enracinement, d’appartenance, mais aussi le sentiment inverse, celui de ne jamais se sentir complètement à l’intérieur d’un lieu. De là sont nées bien d’autres réflexions. Ce n’est pas seulement une histoire, c’est aussi une forme de comparaison avec ce qui m’entoure et avec ce que je n’arrive pas à définir.
Une dimension plus explicitement politique et culturelle émerge également dans l’album, liée à la Palestine. Comment cet aspect s’intègre-t-il dans le projet ?
Pour moi, tout commence par la culture. Je crois qu’aujourd’hui, dans de nombreux cas, l’ignorance est aussi un choix, mais il est vrai que cela dépend beaucoup de l’endroit où l’on grandit et de ce qui nous entoure.
Il ne s’agit pas de blâmer, mais d’en prendre conscience. Si vous voulez changer quelque chose, vous devez aussi montrer qui vous êtes, votre langue, votre histoire, votre culture. C’est de là que vient le reste.
Dans des chansons comme « Yafa », vous travaillez sur des souvenirs familiaux. Que dit vraiment ce morceau ?
« Yafa » n’est pas un de mes souvenirs directs, mais un ensemble d’histoires de ma grand-mère, qui est originaire de là-bas. J’ai pris sa mémoire et je l’ai transformé en chanson.
C’est une façon de maintenir vivante une histoire qui autrement risquerait de se perdre. Il s’agit d’une émission plutôt que d’une histoire personnelle.
« Mezzaluna » est l’une des chansons les plus émotionnellement exposées de l’album. D’où vient-il ?
Cela vient de loin. J’ai grandi loin de ma famille élargie, donc avec une relation intermittente avec grands-parents, oncles, cousins. Je les ai rarement vus et cela crée toujours un écart : à mesure qu’on grandit, ils changent aussi, et parfois on perd des morceaux en cours de route. C’est une réflexion sur ce que signifie se sentir chez soi lorsqu’on appartient à plusieurs endroits en même temps.
Êtes-vous récemment retourné dans vos lieux d’origine ?
Mes grands-parents vivent maintenant en Jordanie, après avoir quitté la Palestine. J’y étais il y a quelques mois. C’est un lieu qui permet encore aujourd’hui une certaine stabilité, mais la connexion reste complexe, stratifiée.
D’un point de vue sonore, l’album a une portée internationale, mais il ne semble pas adhérer à une seule tradition. Quelles ont été vos principales influences ?
Je ne pars jamais de vouloir reproduire quelque chose. J’écoute beaucoup et d’une manière très différente. J’ai définitivement grandi avec Fairouzqui était fondamental pour mon imagination, avec Shakira. Puis au fil du temps, ils sont également arrivés Adèle, Michael Jackson Et Ariana Grande. Ce ne sont pas des références directes, mais des éléments qui se sont stratifiés dans ma façon de penser la musique.
Et la musique italienne ? Est-ce que cela a joué un rôle dans votre éducation ?
Je l’ai découvert plus tard. N’ayant pas ce bagage, ce n’était pas naturel pour moi d’écouter, même si à la maison mon père m’a fait découvrir des artistes comme Baglioni ou Giorgia.
Au début, c’était moi qui ne parvenais pas à m’en approcher, puis au fil du temps, j’ai compris la profondeur de cette tradition et j’ai appris à vraiment l’apprécier.
Quelle est pour vous l’importance de la dimension visuelle du projet ?
C’est fondamental. Je travaille beaucoup sur la direction créative, donc la partie visuelle n’est pas séparée de la musique. C’est une seule langue.
Sans cet élément, je ne pourrais pas m’expliquer pleinement.
Comment est née la pochette de « Zefiro » ?
Nous avons réalisé le tournage en Tunisie. Il ne s’agissait pas d’un décor construit, mais d’un lieu existant que nous avons choisi avec mon équipe créative. C’était un travail très partagé, dans lequel j’essayais de traduire visuellement ce que j’avais en tête.
Qu’apportera le live par rapport à l’album ?
Je suis sur le point de commencer une tournée entre l’Italie et l’Europe. Ce sera une nouvelle formation, avec une composante plus physique et percussive, donc aussi plus liée à une dimension sonore presque ethnique. L’idée est d’amener le disque à un autre niveau, pas seulement de le jouer.
Y aura-t-il des reprises dans la setlist ?
Oui, certainement un. C’est tout pour l’instant et nous verrons si nous pouvons en ajouter davantage. Mais le cœur du live reste mon répertoire.
Dans quelle direction pensez-vous que ce projet ira après « Zefiro » ?
Je ne sais pas encore. « Zefiro » est déjà un passage, pas un point d’arrivée. C’est plus une suspension qu’une conclusion.
ÉCOUTER LE DISQUE

VIDÉO
À PROPOS
TÄRA, née Tamara Al Zool, née en Italie de parents palestiniens, a transformé les défis sociaux liés à ses origines en un pont entre les mondes, un authentique dialogue entre tradition et modernité, qui fait d’elle un symbole de représentation pour les secondes générations en Italie. Après un fort impact sur les réseaux sociaux, elle est choisie en 2024 par Spotify comme artiste de couverture des playlists Fresh Finds Italia et Anima R&B. La même année, elle fait partie du programme EQUAL de Spotify Italia « Les femmes à plein volume », étant reconnue parmi les nouvelles protagonistes féminines de la musique italienne et incluse par la suite dans la collection Best of EQUAL Italia 2024. Parallèlement, elle participe aux sélections de X Factor Italia 2024, apportant pour la première fois sur scène son métissage culturel et un message de conscience sociale. 2025 représente une année de croissance et de consolidation, avec l’Araba Fenice Tour et avec la sortie du single « Mezzaluna » au début de cette année, qui anticipe la sortie de son projet d’enregistrement prévu pour 2026. Fin mars, TÄRA est apparue comme le seul feat de « TERRE RARE », le nouvel album de Subsonica, à collaborer sur la chanson « Straniero » : une collaboration soigneusement choisie, symbole de la volonté de réparer les profondes lacérations des récentes années et réaffirmer, à travers la musique, un sentiment d’humanité partagé. Et après ses débuts l’année dernière, TÄRA sera à nouveau parmi les protagonistes de MI AMI 2026, se produisant le 21 mai à l’Idroscalo de Milan.
WEB ET SOCIAUX
@tarawave