Keiji Haino / Shuta Hasunuma : Critique de l’album U TA

Tout au long de sa carrière de plusieurs décennies, Haino a créé des albums d’une beauté profonde qui puisent dans les émotions primaires. La clé est d’isoler l’auditeur : sa musique peut sembler apocalyptiquement désolée, ou comme si vous étiez jeté dans un cyclone tourbillonnant, ou comme si vous regardiez un ciel vide tout en tirant une longue bouffée de cigarette. Cet album est très différent : il est invitant et personnel. « Number » est particulièrement émouvant, où Haino chante patiemment, étirant chaque phrase sur une étendue de pulvérisations électroniques brillantes. Sa simplicité et sa naïveté attachantes rappellent les collaborations de Ryuichi Sakamoto avec Alva Noto, ou encore celles de Nuno Canavarro. Plux Quba. S’il y a un sentiment global atteint à travers UTAc’est celle de la chaleureuse vulnérabilité.

Les deux titres suivants magnifient le rôle de chacun : « Pause » est un morceau d’ambiance ruminatif agrémenté de chants d’oiseaux, tandis que « Drops of overflowing smiles are fall » est un exercice de poésie sonore rappelant Henri Chopin et Niikuni Seiichi. Sur ce dernier morceau, Haino prononce à plusieurs reprises des variations de la phrase titulaire, sa voix se superposant jusqu’à ce qu’elle se fige en une texture pure. Il est intéressant de noter que Haino évite largement les techniques vocales étendues (ce qui caractérisait son album a capella). Un autre chemin vers l’Ultime) tout au long de UTAen veillant à ce que ces pièces restent du domaine des chansons plutôt que des exercices formels. C’est pourquoi le LP connaît le plus de succès lorsque les deux musiciens gardent les choses légères et restent totalement en phase, comme sur le « People » à la Harold Budd, où Haino dit même : « Je veux rassembler nos pouvoirs ». Magnifiquement, son souffle et les accords cristallins du piano d’Hasunuma s’éteignent périodiquement de façon rêveuse.

Hasunuma n’a pas sorti d’album comme UTA soit. Bien qu’il ait collaboré avec de nombreux artistes, de Foodman à Jeff Parker en passant par Arto Lindsay, sa musique est généralement caricaturale et mignonne, voire insupportablement saccharine. La présence de Haino ajoute un piquant nécessaire. « Latency », par exemple, serait banal et sans but sans aucune voix. Hasunuma fait correspondre son énergie sur « Finger », créant un espace caverneux pour que la voix de Haino fasse écho à des éclats rapides et douloureux. « Gush » est une affaire plus lourde, avec Haino gazouillant au milieu de bruits blancs, de bruits métalliques, de claquements de mains et d’autres accessoires percussifs. Le moment le plus choquant de l’album arrive à mi-chemin de « Rest », lorsque des synthés pings parsèment la piste et se sentent complètement déplacés au milieu de douces mélodies semblables à celles d’un clavecin. À ce moment-là, Haino reste imperturbable et continue de chanter, ancré la pièce entière. Cela rappelle ce qu’il a dit un jour à propos de sa musique : « Je chante parce que je veux avoir le sentiment de ne faire qu’un avec quelqu’un en dehors de moi-même. » Pour Haino, la musique est le grand lien, une chance de participer à quelque chose d’authentique.