« Le plus beau film qu’il m’ait été donné de voir » : pour Martin Scorsese, ce classique oublié des années 70 reste son favori absolu

Sorti en 1975, Barry Lyndon n’a pas toujours été traité comme le chef-d’œuvre qu’il est devenu avec le temps. À sa sortie, le film de Stanley Kubrick a divisé : trop lent pour certains, trop froid pour d’autres, trop maîtrisé pour émouvoir vraiment. Cinquante ans plus tard, son statut a changé. Et parmi ses défenseurs les plus prestigieux figure Martin Scorsese.

Le réalisateur de Taxi Driver et Les Affranchis a souvent cité Barry Lyndon comme l’un des sommets du cinéma de Kubrick. Le film figure aussi dans la grande tradition des classements Sight & Sound du British Film Institute, où il s’est imposé au fil des décennies comme l’un des titres les plus respectés du cinéma mondial.

Un échec relatif devenu classique absolu

Adapté du roman de William Makepeace Thackeray, Barry Lyndon suit l’ascension puis la chute de Redmond Barry, un jeune Irlandais du XVIIIe siècle qui tente de se faire une place dans l’aristocratie européenne. Le rôle est tenu par Ryan O’Neal, face à Marisa Berenson.

À l’époque, le public américain n’a pas massivement suivi. Le film a été admiré pour sa beauté, mais souvent accusé de distance émotionnelle. Sa lenteur, ses cadres très composés et sa narration détachée ont déconcerté une partie des spectateurs. Pourtant, c’est précisément ce qui fascine aujourd’hui.

Pourquoi Scorsese le défend autant

Pour Scorsese, Barry Lyndon n’est pas seulement un film “beau”. C’est une œuvre où chaque image raconte l’ordre social d’une époque. Dans sa leçon consacrée au film, il analyse notamment la lumière naturelle, la voix off et la façon dont Kubrick construit une scène comme un tableau historique vivant.

Le film est devenu célèbre pour ses scènes éclairées à la bougie, rendues possibles par des objectifs extrêmement lumineux. Ce choix donne aux intérieurs une texture rare, très différente des films en costumes classiques. Le Louvre a d’ailleurs remis en avant cette dimension lors d’une projection du film en version restaurée 4K.

Un film moins oublié qu’injustement sous-estimé

Dire que Barry Lyndon est totalement oublié serait exagéré. Chez les cinéphiles, il est aujourd’hui considéré comme l’un des grands films de Kubrick. Mais il reste moins populaire que Shining, Orange mécanique ou 2001 : l’Odyssée de l’espace.

C’est ce paradoxe qui rend son cas intéressant : un film immense, reconnu par les cinéastes, mais encore perçu par une partie du public comme une œuvre intimidante.

Pour Scorsese, cette réputation ne tient pas. Derrière la froideur apparente, Barry Lyndon raconte la vanité sociale, la violence des classes, l’ambition et l’échec avec une précision rare. Un classique des années 70 qui n’a pas seulement bien vieilli : il semble avoir attendu que le public le rattrape.