serpentwithfeet: Critique de l’album GRIP | Fourche

Selon les mèmes et le folklore, les personnes qui portent des Air Force 1 entièrement noires sont des menaces pour la société. Débraillés et ingouvernables, ils traversent la vie indifférents à la poussière qui s’accumule sur leurs coups de pied et aux ténèbres qui s’accumulent dans leur âme. Les chaussures sont si malignes que même dans l’hymne classique de Nelly aux Nike, personne ne rappe ou ne berce les Forces noires. (Une personne en achète.) Malgré cette stigmatisation, serpentwithfeet dédie une chanson de son troisième album à la confiance tranquille d’un gars qui dégage l’énergie noire de l’Air Force dans le club. « Personne ne te fout en l’air », roucoule-t-il d’un air coquette.

Les scènes et les sons du club font partie intégrante de POIGNÉE, qui troque le gospel gnostique de la musique passée du chanteur et producteur contre du R&B impertinent. serpentwithfeet a toujours étudié le genre, mais dernièrement, il a activement discuté de son histoire et de ses motifs. DIACRE a tissé le sérieux de Janet, les pistes vocales de Brandy et les fronts de tempête silencieux de Darkchild en de tendres odes aux hommes noirs queer. Le disque a conservé son intérêt pour les symboles et les thèmes religieux, mais la musique s’inspire davantage du R&B que du gospel ou de l’électronique, une tendance qui se poursuit ici. Plantant fermement un drapeau dans le R&B moderne, Serpent explore les façons dont les étincelles touchent et entretiennent la romance.

Son écriture est plus percutante et plus directe dans ce mode puriste. Il y a plus de comiques et de sollicitations que d’insinuations ou de symbolisme, un changement qui correspond au thème intime. «Je t’embrasse plus longtemps, plus longtemps qu’un opéra/Si nous continuons à danser, nous allons faire l’amour», chante-t-il sur le morceau «Damn Gloves», encadrant un profond baiser comme une intervention. Le rythme humide et percutant, produit par Nosaj Thing, I Like That et serpentwithfeet, renforce l’urgence de la commande. On sent la proximité chargée des corps des danseurs.

L’écriture sur « Safe Word » est tout aussi chargée et attirante. « Le lieu sûr, c’est moi, le lieu sûr, c’est moi », chante-t-il, déclarant que son corps est un sanctuaire pour un amoureux. Le traitement vocal embellit le sentiment protecteur, étalant ses paroles sur les tambours doux et les mélodies cool de Sensei Bueno et I Like That. serpentwithfeet soigne notamment son chant tout au long de l’album, s’appuyant rarement sur son fausset d’opéra. Le choix semble intentionnel : aussi étonnant que soit son registre supérieur, même dans sa forme la plus extatique, il respire l’angoisse et la solitude. Le chant haletant et immédiat de POIGNÉE est plus conversationnel, évoquant la proximité, l’échange et la communauté.