La musique de Slayyyter est vile, explicite et constitue une menace pour la décence commune. Depuis ses débuts en tant que réceptionniste de salon, l’artiste anciennement connue sous le nom de Catherine Garner a canalisé son identité débridée avec une audace vertigineuse qui serait probablement une cause d’exorcisme dans la plupart des pays craignant Dieu. Sur des rythmes aussi directs, chromatiques et joyeusement stupides qu’une sculpture de Jeff Koons, la chanteuse a rivalisé pour rendre l’hyperpop plus criarde et alarmante en étant plus excitante, plus désordonnée et plus extrême que ses pairs. Avec la productrice Ayesha Erotica, elle a défié ses auditeurs de se joindre à son Bimbo Summit alors qu’elle traversait l’hédonisme de l’an 2000 sans le fardeau du goût ou de la moralité conventionnelle pour la ralentir. Le kilométrage que l’on obtenait avec des chansons comme « Daddy AF », « Throatzillaaa » ou « Purrr » (« Les drogues font ronronner ce chaton ») dépendait de votre volonté de monter un fusil de chasse alors qu’elle brûlait les mêmes feux rouges encore et encore. Comme les potins des célébrités, le trash sans vergogne de Slayyyter pourrait être fabuleux à petites doses, mais taxant d’un seul coup.
Eh bien, devinez quoi ? Slayyyter est de retour et elle est meilleure (et plus horrible !) que jamais. Après avoir perdu 30 ans, connu une accalmie dans sa carrière et envisagé d’arrêter complètement la musique, la chanteuse a misé son avenir dans l’industrie sur le sort de son quatrième disque. Il n’y a rien de tel qu’un coup de pied au cul : On WOR$T FILLE EN AMÉRIQUEelle arrive en criant sur le rythme avec une nouvelle urgence. Déployant une série de petits ajustements qui ressemblent néanmoins à une réinvention totale, Slayyyter double son mauvais comportement tout en ouvrant simultanément de nouvelles voies de potentiel créatif. Comme pour le niveau supérieur de Charli XCX depuis Accident à GOSSE, WOR$T FILLE obtient son mordant en jetant la joliesse pop par la fenêtre et en s’écartant violemment dans l’antagonisme du club. C’est à cause, plutôt que malgré, de ses bords irréguliers que Slayyyter peut présenter une vulnérabilité qui a échappé à ses versions précédentes. Le chaos ne fait pas que renforcer le pathétique de sa musique mais souligne son humanité.
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WOR$T FILLE EN AMÉRIQUE est présenté comme un double retour aux sources : un retour aux racines du Missouri de la chanteuse et à la musique qu’elle diffusait sur son premier iPod. Vous pourriez sans charité la considérer comme une chasseuse de tendances, rejoignant les dizaines d’artistes évoluant avec le cycle de la nostalgie pour capturer le grain et la texture de la musique de la fin de l’année alors que « Y2K » et « indie sleaze » deviennent de plus en plus obsolètes de jour en jour. Mais cela montre vraiment à quel point la production de Slayyyter lui convient. Si les disques précédents transformaient son hédonisme en une pop soyeuse de qualité professionnelle, le son sur WOR$T FILLE n’est que tendon et ferraille, un véhicule plus simple et plus méchant pour passer à l’acte. « Cannibalisme! » sort en trombe avec une ligne de basse surf rock qui chancelle et démarre alors qu’elle est déraillée par des carillons de guitare tonitruants. Slayyyter se déplace sur le rythme comme une héroïne amorale de John Waters, naviguant sur l’élan saccadé tout en racontant une histoire d’amour toxique dans l’intonation haletante de Fred Schneider. Au refrain, elle utilise sa voix de tête (anciennement réservée à l’imitation de Britney) pour faire entendre un chant de sirène désespéré et unilatéral.