Bleu marine : critique de l’album The Sword & the Soaring

Navy Blue rappe comme s’il vous faisait sortir d’un tunnel sombre et humide vers la lumière. Sa voix est mesurée et retenue, souvent stridente, comme s’il vous parlait à travers des exercices de respiration pour vous plonger dans la gorge d’une crise de panique. Depuis le premier album de Sage Elsesser sous le nom de Navy Blue, années 2020 Àdá Irinil a épuré sa musique pour qu’elle soit le reflet le plus pur de son cœur. Récemment, il a pris l’habitude de cracher sur des rythmes qui semblent porter toute la responsabilité de fournir de l’entropie à ses chansons, greffant des boucles d’échantillons et quelques instruments instrumentaux de rechange sur sa voix pour donner à sa prestation le poids nécessaire. Seul le vital semble destiné à rester dans ses soliloques.

Elsesser a toujours adopté le solennel, même s’il est souvent teinté de gratitude et de catharsis. L’approche peut friser la restriction, comme dans le cas de 2021. La reprise de la Marinedont la production semblait superficielle, mais il la récupère parfois grâce à des décisions agiles. 2023 Façons de savoirpar exemple, débordant d’âme grâce au toucher de creuseur de caisse du producteur Budgie, laissant Elsesser osciller entre sermons pleins d’espoir et sermons désespérés. Depuis son abandon par Def Jam début 2024, le retour d’Elsesser vers l’indépendance a été marqué par des exercices sinueux et introspectifs de portée et de concentration, guidés par le spectre d’un projet indéfiniment mis de côté.

Mais tout danger de mal-être est absent de son sixième album, L’épée et l’envolée. Le motif de l’archange Michel, figure importante du judaïsme, de l’islam et du christianisme, plane sur les 16 titres, créant la sensation que ceux qui sont passés veillent sur nous (et se battent en notre nom), alors même que la douleur de leur départ reste fraîche et que d’autres leçons difficiles se profilent à l’horizon. Sous cette couverture se trouve l’œuvre la plus évocatrice d’Elsesser depuis l’opus stellaire de 2020 Chanson de Sage : Post-panique !— des réflexions tendres et travaillées qui s’étendent sur un paysage suprêmement luxuriant de 44 minutes, un album qui trouve du réconfort dans le désespoir sans être victime de sa caresse enivrante.