NOYZ-NARCOS-Drôle-Jeux-album-2025
Si Michael Haneke, avec ses Funny Games, entendait punir le spectateur de son voyeurisme envers la violence, Noyz Narcos avec cet album fait exactement le contraire : il nous invite à nous asseoir sur le canapé, nous lie et nous oblige à regarder non pas la fiction, mais sa réalité dépouillée. Et ce n’est pas un spectacle pour les faibles d’estomac.
Oubliez la notion de « retour ». Les bénéfices sont destinés aux pop stars qui ont besoin de se repositionner sur le marché. « Funny Games » est un avertissement pour le rap italien contemporain, souvent trop occupé à cirer ses baskets. La référence cinématographique n’est pas une bizarrerie intellectuelle, mais la clé de voûte herméneutique de l’œuvre : un univers où le rembobinage ne sert pas à effacer l’horreur, mais à la réitérer.
A 45 ans, Emanuele Frasca ne recherche ni rédemption ni compréhension. Dans Des larmes et des sourires, morceau qui fait office de déclaration existentielle, le rappeur romain raconte 45 hivers et étés avec le sérieux de quelqu’un qui a marché sur des charbons ardents sans jamais regarder ses pieds. Il n’y a pas d’apitoiement sur soi d’un vétéran, il y a la froide chronique d’un survivant. C’est de l’introspection, certes, mais faite au scalpel, pas avec des mouchoirs.
Sur le plan sonore, les retrouvailles avec Sine sont ce qui est le plus éloigné de l’opération nostalgie. Sine et Noyz reviennent à leur « méthode originale » : une approche presque industrielle, où la matière sonore est brute, obsessionnelle, sans cette patine brillante qui afflige les productions actuelles. C’est un son qui sent l’asphalte mouillé et le métal, parfait pour reprendre des paroles qui n’offrent rien à l’auditeur occasionnel.
La liste des invités est une liste de complices. Lorsque vous appelez des gens comme Conway The Machine, vous ne recherchez pas un streaming facile, vous recherchez une validation internationale de la rue. Kid Yugi, Nerissima Serpe, Papa V et Shiva ne sont pas là pour rajeunir la cible, mais pour démontrer que la noirceur de Noyz est transversale, une maladie qui infecte différentes générations.
Même les présences les plus mainstream comme Achille Lauro, Guè, Jake La Furia et Madame se plient à la volonté narrative du disque, obligées d’abandonner leur zone de confort pour entrer dans ce kammerspiel claustrophobe.
« Funny Games » n’est pas un « joli » disque au sens bourgeois du terme. C’est un disque démodé mais nécessaire pour ceux qui recherchent encore cette friction dans le rap, cette contrariété qui oblige à réfléchir.
Noyz Narcos ne fait de rabais à personne, pas même à elle-même, et dans un marché saturé de plastique, son béton armé est la seule chose qui semble destinée à rester debout.
NOTE : 7,25
À ÉCOUTER MAINTENANT
SNIPER – LARMES ET SOURIRES – FIN DIFFÉRENTE
À SAUTER IMMÉDIATEMENT
41 minutes de rap tranchant et serré. Son style. Solide et consolidé !
LISTE DES TRACES
DERNIER COMBAT
JOHN BELUSHI
DE RETOUR
MON AMI feat. Enfant Yugi
SNIPER exploit. Madame
LARMES ET SOURIRES
DRUGSTORE exploit. Gué
MAUVAIS JOURNÉE
JEUX DRÔLES
FIN DIFFÉRENTE feat. Shiva
CÉLÉBRITÉ exploit. Le pape V et Nerissima Serpe
IDÉE FOLLE exploit. Achille Lauro
Exploit BLOODYMARY. Jake la fureur et Conway la machine
KUSH & METH exploit. Gast
MÊME DIEU
LA DISCOGRAPHIE
2005 – Ne dors pas
2006 – La nuit chaude (avec Chicoria)
2007 – Zombi Verano
2010 – Coupable
2013 – Monstre
2015 – Localz uniquement (avec Fritz da Cat)
2018 – Ennemi
2022 – Virus
2023 – CVLT (avec Psaume)