Tutti-Phénomènes-Monedi-album-2026
Trois années de silence, pour Giorgio Quarzo Guarascio, ne sont pas une pause mais un temps de décantation. Le temps nécessaire pour remettre les choses en ordre, métaboliser, muer leur peau.
« Monedì » est son troisième album, après « Merce funebre » et « Privilegio Rare », et marque un net tournant plutôt qu’une évolution linéaire. Un redémarrage !
Une fois de plus Tutti Fenomeni enveloppe et désoriente la scène indépendante, également grâce à la production de Giorgio Poi, qui ne se limite pas au rôle de producteur mais joue et enregistre tout le sound system de l’album. Le résultat est une œuvre compacte et fluide, dans laquelle l’esthétique n’apprivoise jamais le contenu.
Si autrefois le cynisme trouvait refuge dans les rythmes et le détachement du rap, Guarascio relève ici pleinement le défi de la forme de la chanson : moins parlée, plus de mélodie, moins de bouclier ironique, plus d’exposition. C’est un disque étonnamment élégant, presque classique dans sa structure, mais instable dans son écriture.
Sa plume reste parmi les plus pointues du moment.
Capable de croiser le sexe et le pouvoir (« le sexe est une forme de contrôle militaire comme l’alcool, la drogue et les sandwichs au salami »), la religion (« Je cherche un Dieu parce que seul j’ai peur du vide »), la réflexion sociale et générationnelle (« être mince, être gros est devenu la lutte des classes »), jusqu’à l’existentiel le plus désarmé (« c’est mieux de vivre la nuit en étant éveillé, c’est mieux de faire des rêves quand on est vieux »). Des juxtapositions troublantes, des punchlines qui restent dans les mémoires, un atlas culturel qui va de Mozart à Berlusconi, de Nico à Elon Musk, de Mao à D’Annunzio, en passant par Loredana Berté, sans jamais devenir un exercice de style.
La vraie surprise, cependant, est la vulnérabilité. Entre une attaque féroce contre la société et une caricature de la lutte des classes version régime, surgissent la peur de vieillir, le désir, l’aveu d’une fragilité émotionnelle qui n’a jamais été aussi explicite. Des chansons comme Mourir avec vue sur la mer, le bonheur du chien ou Mao ils démontrent que la critique sociale peut aussi passer par un regard enfantin, tandis que l’ironie reste l’arme privilégiée pour tenir la mort à distance.
Dix chansons qui mettent à nu notre époque à travers des jeux de mots brillants et des contrastes inattendus, explosant sur l’auditeur dans un court-circuit lucide et impitoyable.
« Lundi » n’est pas un retour aux origines, mais un redémarrage conscient.
Un album de survie pour ceux qui ont compris qu’entre le Big Bang et l’Apocalypse, la seule forme de salut possible est de continuer à écrire des chansons qui ont le goût de la vraie vie. Même quand ils ont mal.
NOTE : 7,25
À ÉCOUTER MAINTENANT
La petite amie de Vittorio – Avec ton nom -Formentera
À SAUTER IMMÉDIATEMENT
Vous l’écoutez du début à la fin. Sans perte d’intensité.
LISTE DES TRACES
1. La petite amie de Vittorio
2. Avec votre nom
3. Mao
4. Mourir avec vue sur la mer
5. Place des Héros
6. Le bonheur du chien
7. Vaine gloire
8. Formentera
9. 29 février
10. L’amour ne suffit pas
DISCOGRAPHIE
2020 –Articles funéraires
2022 – Rare privilège
2026 – lundi