Quand Félix Manuel, alias Djrum, a sorti le brouillage cérébral Sous un silence enchevêtré l’année dernière, sa composition et sa production ont finalement rattrapé la magie technique de ses DJ sets. À l’heure actuelle, l’approche de Manuel en matière de DJing est bien documentée. Il ne saute pas entre les genres mais en habite plusieurs à la fois, changeant leur ADN de l’intérieur, d’un simple mouvement du poignet à la fois. Il a un penchant pour les rebondissements de tempo éblouissants et il superpose fréquemment des instruments acoustiques comme le piano, la harpe et le violoncelle dans des rythmes alambiqués, comme un Four Tet à huit mains. Sous un silence enchevêtré a compressé ces traits dans un album dense et surchargé qui se répétait rarement, tirant dans plusieurs directions toutes les quelques mesures. Ses sets sont toujours parmi les plus excitants du marché, mais nous avons appris à connaître ses astuces, tant sur scène que sur disque. Alors, que faites-vous lorsque votre choc et votre crainte ne sont plus aussi choquants ? Je me promène offre une réponse : vous effectuez un zoom arrière et condensez ce qui semblait autrefois épique et tentaculaire en 16 minutes de puissance pure.
Parcourant six titres en un peu plus d’un quart d’heure, Je me promène ressemble à un EP de club sur papier, mais cela ressemble plus à la tentative de Djrum de speedrun son propre album. Je me promèneLes sept parties numérotées de sont divisées, de manière confuse, en six morceaux, qui sont tous assemblés en une seule suite homogène, comme une épopée de rock progressif des années 70. Cela commence un peu comme une mise au point d’un orchestre, avec un groove de tom spacieux entouré d’éclats erratiques de batterie et d’électronique, comme si Manuel testait tous les instruments de son studio. Ensuite, il atteint une vitesse de distorsion, jetant des basses synthétisées et des fragments de breakbeat. La suite est construite sur une base rythmique de base qui change de cap au fil des passages discrets de l’EP – des morceaux charnus de trois ou cinq minutes et de brefs intermèdes d’une minute ou deux seulement – mais dans le style typique de Djrum, il renverse les attentes : ces morceaux plus courts constituent certains des moments les plus éblouissants et les plus émouvants de sa discographie.
Pas encore de score, soyez le premier à en ajouter.
Prenez le « I Wander (III) » d’une minute, qui sort des breaks en blocs et des tonalités aux accents jazz de la deuxième partie dans une chute libre percussive désarticulée. Les tambours accélèrent, ralentissent et se regroupent de manière imprévisible, changeant de forme jusqu’à ce qu’ils se résolvent en un accord de synthé qui commence par le plus retenu – mais toujours très frénétique – « I Wander (IV + V) ». Les syncopes enchevêtrées du morceau sembleraient trépidantes si tout n’était pas aussi fluide : la batterie de Manuel est biseautée, profilée et parfaitement mixée, de sorte que leur impact est plus sensuel que, disons, les coups de marteau-piqueur de la hard techno. Cette sensation tactile est ce qui rend les quatrième et cinquième sections, répertoriées comme une seule piste, chaleureuses et invitantes même dans leur forme la plus intense, encadrées par d’étranges accords de piano qui ajoutent une teinte sordide. Imaginez Bohren & Der Club of Gore s’ils avaient joué Metalheadz au Blue Note au début des années 90.