Il l’appelle humblement « une comédie musicale qui n’a pas réussi ». Et au contraire, la Commedia Musicale de Michele Bravi est une œuvre éclectique, multiforme, multiforme, qui réussit certainement.
Un musicien de renommée mondiale a dit un jour qu’écrire et parler de musique, c’était comme « danser sur l’architecture ». Même si on ne peut guère critiquer ce type (Sa Majesté Frank Zappa, ndlr), je pense pouvoir dire avec une certaine certitude que Michele Bravi n’aurait aucune difficulté même à cuisiner au théâtre ou à marcher au cinéma.
C’est vrai, la musique n’a pas besoin d’être expliquée, mais peut-être peut-on la raconter. Et le chanteur ombrien, révélation de la septième édition de
Après tout, Bravi n’est pas seulement chanteur et auteur : il s’est essayé à la réalisation, a joué dans quelques films (vous vous souvenez du splendide « Amanda » ?) et sera bientôt à Cannes avec un projet de film réalisé par Bertrand Mandico, avec Marion Cotillard au casting.
L’art de la parole, spontanée, pensée ou récitée, existe donc.
« Ma passion, ce sont les histoires, plus que le vocabulaire utilisé pour les raconter », dit-il. « Mes concerts sont très proches des spectacles, parfois c’est juste une question de changer de langage. »
Il faut maintenant comprendre quelle sera la réception du langage de la « Comédie Musicale », mais Bravi emprunte les mots de Federico Fellini – « Si tout le monde aime mon film, j’ai échoué » pour expliquer sa relation avec cet album et proclamer la fierté du résultat :
« Pour moi, la musique doit rester un divertissement. C’est un record sectoriel et je veux m’adresser à ce type de public », ajoute-t-il.
Il faut donc se préparer à un travail qui déraille vers une destination sûre. Une chose est sûre : le voyage que vous ferez en écoutant « Comédie Musicale » bénéficie de la faveur du soleil. Tout est parti de contenus culturels dont Michele garde d’heureux souvenirs, depuis « Il Culetto Independent », le premier livre qu’il a lu, jusqu’à « Don Quichotte », l’ouvrage qui ouvre définitivement les portes de l’absurdité de la vie, dans laquelle il nous est permis d’être maladroits, tordus, déplacés.
Dans le sillage de cette prise de conscience retrouvée, Michele Bravi s’accorde la liberté de nous restituer les mots plutôt que les sens, de pouvoir dire « caca » au lieu d’une périphrase plus polie – mais beaucoup moins évocatrice -, sans renoncer à une construction musicale sophistiquée et élaborée.
« J’ai écrit cet album en y pensant déjà en live. Jusqu’à récemment, j’écrivais en pensant à l’auditeur, ici je voulais insérer une humanité plus brute, plus directe, qui s’accompagne presque de violence. Je voulais briser le quatrième mur, un concept narratif que j’ai toujours aimé »
C’est l’essence de la comédie, un genre qui en termes d’audience et de thèmes a toujours été injustement dévalorisé par rapport à sa sœur tragique, c’est l’élément vital de tout l’album.
«J’ai toujours été accusé d’être
mais cette fois je voulais relever un défi avec moi-même : écrire le morceau le plus heureux que j’aie jamais composé. Et je l’ai fait. »
…tu sais comment ça s’appelle ? « Funérailles »!
PISTE PAR PISTE
CABARET
Une chanson rêveuse et enchanteresse qui définit le caractère musical de tout l’album.
Une chanson qui joue avec des changements soudains d’harmonie et de tempo. En ce sens, il apparaît immédiatement que la technique de l’écriture musicale devient, tout au long de l’album, une manière de jouer avec l’auditeur et de le guider dans une expérience créative dynamique et vibrante.
Dans « Cabaret », les coups de pinceau de l’ironie dessinent, sans jamais distinguer les frontières, des images réalistes et oniriques : le rêve se mêle au concret de la réalité.
Une ouverture qui tend la main à ceux qui veulent écouter et se laisser emporter.
Pendant ce temps, un chat endormi rêve sur les toits de la ville.
SCÈNE 02
S’AIMER DANS LE MESS
Une chanson qui rêve de l’insouciance et de l’idéalisation d’un amour maudit et d’une vie damnée mais qui ne peut se passer d’un quotidien plus maladroit fait de canapés et de listes de courses.
Dans cette deuxième scène de « Comédie Musicale » on comprend que tout le matériel d’enquête de l’album est la sphère humaine, une humanité tendrement ordinaire et héroïquement grossière.
Une chanson qui a pour pivot une question nostalgique et satisfaite : « Comment se fait-il que cela ne m’est jamais arrivé ? ».
À partir de là, l’attente cinématographique de la vie commence à se battre avec l’avancée d’une intrigue plus anthropique.
SCÈNE 03
TÔT OU TARD
«Tôt ou tard» est un regard tendre sur l’insuffisance et le décalage.
L’histoire de quelqu’un qui est trempé par la pluie et ne se souvient plus quel est le bon interphone à appeler.
Une cascade d’images éclatées compose le scénario d’un sentiment, échappant au désir d’en faire une caricature et tentant au contraire de lui donner une tridimensionnalité humaine.
Le texte se développe dans une articulation harmonique serrée, mêlant gammes majeures et mineures à des passages violents mais inévitables.
SCÈNE 04
PARENT 3
La figure par excellence la plus insuffisante de toutes est celle parentale.
Il n’existe pas de manuels d’instructions pour apprendre à gérer une petite vie tournée vers le monde.
Un dialogue imaginaire avec un fils inexistant qui, sur un tapis de jeu musical, regarde d’un regard clair le monde qui l’entoure sans perdre espoir.
La chanson remet en question la question simple et redoutée : « est-ce que c’est bien pour moi de penser à avoir un enfant ? ».
On ne sait pas si cette question est posée par la conscience individuelle ou par le monde politique.
Peut-être que celui qui écoute la chanson pourra répondre.
SCÈNE 05
FUNÉRAILLES
Une plongée dans la comédie des contrastes.
Dans « Musical Comedy », seule une chanson portant un titre similaire pourrait constituer la parenthèse la plus drôle et la plus irrévérencieuse.
Comment un inadéquat déclare-t-il son amour ?
La réponse est simple : parler de vos propres funérailles.
Le résultat est un mélange de prose et de musique qui définit cette chanson comme la plus exaltante et hilarante du disque.
SCÈNE 06
AU-DELÀ DES CHANSONS
Si cette chanson était un élément de la comédie théâtrale, ce serait la scénographie.
Devant la scénographie est pétillante, épique et surprenante mais derrière, les planches et les clous de bois maintiennent vivant le rêve cinématographique.
Avec les chansons, la règle est la même.
Mais qu’est-ce qui se cache derrière à la place des planches et des clous ?
Une pièce qui se développe sur un vocabulaire fait maison et pauvre comme un courant de conscience sur ceux qui n’ont plus besoin de traduire de manière créative ce qu’ils voient.
SCÈNE 07
POPULAIRE
Une chanson sur le folklore et la viscéralité de la musique où se confondent le sacré du rituel et le profane de la place.
La musique devient une expérience incontournable, charnelle et épidermique qui explose dans un carnaval de couleurs.
Un rythme espiègle et hypnotique qui célèbre les mystères de la Nouvelle-Orléans et son envie imparable de faire perdurer la musique.
SCÈNE 08
L’HOMME INVISIBLE
Le protagoniste de « Musical Comedy » s’interroge sur le sens de l’invisibilité.
Ne pas être vu donne certes l’occasion de jouer avec le monde, mais cela peut aussi devenir une condamnation, la conséquence d’un jugement grossier et pharisien.
Une chanson qui enquête sur l’invisibilité et la transforme en une déclaration d’amour puissante et humaine.
Nous ne serons jamais invisibles uniquement pour ceux qui nous ont rendus transparents.
SCÈNE 09
DEMAIN EST UN AUTRE JOUR
Un hommage nécessaire à Ornella Vanoni dans un album qui célèbre le lien magique entre le théâtre et la musique.
Une chanson qui est un manifeste nostalgique et conscient sur la vie et le regret dans lequel l’ironie dramatique établit la fermeture de la boucle.
SCÈNE 10
LE PREMIER EST BON
Chaque comédie vise à être reconnue par le public et la critique.
Mais sommes-nous sûrs de ressembler à une comédie ?
Sommes-nous sûrs de pouvoir élever la statuette des Oscars devant une ovation ?
C’est la chanson la plus douloureuse de tout l’album dans laquelle le regret des erreurs éclipse l’optimisme.
Le seul regard possible est celui tourné vers le passé, quand il y avait encore tant à dire.
SCÈNE 11
ÉCHEC
Quel pourrait être le dernier mot d’une tragi-comédie en musique ?
Évidemment, on ne peut parler que d’échec, de théâtres sans spectateurs et d’un méchant cow-boy qui porte son dernier coup.
Le verbiage rétro contraste avec une ambiance disco pour donner à la comédie la bonne fin heureuse.
EN MAGASIN
20 avril – Milan – Mondadori Duomo – 17h30
21 avril – Bologne – SEMM 14h30
21 avril – Florence – Galleria del Disco – 18h00
22 avril – Rome – Mondadori Galleria Alberto Sordi – 17h30
24 avril – Naples – Mondadori Galleria Umberto – 15h00
LA VISITE
19 mai Mestre (VE) – Teatro del Parco data zéro complet
22 mai Milan – Auditorium de la Fondation Cariplo
24 mai Rome – Teatro Olimpico
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