JJJJJerome Ellis : Critique de l’album Vesper Sparrow

Moineau vespéral s’ouvre sur une déclaration : « Un cc-bégaiement peut être un instrument de musique. » Ce fut une révélation pour le compositeur et artiste grenadien-jamaïcain-américain JJJJJerome Ellis, et devint le principe directeur de leur travail. Dès son plus jeune âge, Ellis a trouvé la libération dans les sons fluides du saxophone ; parler, en revanche, provoquait honte et malaise. Le bégaiement d’Ellis se manifeste par un blocage de la glotte, une pause involontaire dans le discours. Finalement, Ellis a appris à voir ces pauses comme une source de possibilités. Dans un contexte social, un blocage peut entraîner de la confusion ou de l’embarras, mais dans un contexte musical, cette même pause peut dilater le temps, créer des moments d’intimité et ouvrir des voies à l’improvisation. Désormais, Ellis suit leur bégaiement comme un chemin à travers la nature, se fiant à lui comme à une véritable intuition.

Ellis appelle leurs blocs glottaux « clairières », comme dans un espace soudainement ouvert au milieu d’un chemin forestier. Historiquement, les clairières étaient des lieux où les Afro-Américains réduits en esclavage pouvaient se rassembler et prier. Ellis a exploré les relations complexes entre la noirceur, la dysfluence de la parole et la musique lors de leurs excellents débuts en 2021. La clairière (et dans un document de recherche du même nom). Cet album, didactique mais inventif, intensément émotionnel tout en restant rigoureusement intellectuel, était comme un manuscrit débordant d’idées, animé par le hip-hop, le R&B et le jazz. Moineau vespéralla suite d’Ellis, est plus ciblée mais tout aussi profonde, un poème en prose plutôt qu’une thèse. Ils se concentrent désormais sur le temps : comment un bégaiement peut suspendre le temps à la fois pour celui qui parle et celui qui écoute, et comment combler cet écart peut créer de nouvelles connexions.

Moineau vespéral a une fraction de La clairièreLes mots comptent, permettant à Ellis de montrer, plutôt que de dire, comment leur théorie éclaire leur pratique. Néanmoins, quelques explications s’imposent. Comme dans « I Am Sitting In A Room » d’Alvin Lucier, une autre pièce qui transforme le bégaiement en instrument, Ellis commence les quatre parties « Evensong » en nous racontant comment ils l’ont fait. «J’ai composé cette musique lors de la résidence d’artiste MacDowell au printemps 2019. Je l’écoute pendant que je parle», disent-ils. « La musique que vous écoutez maintenant, j’ai été créée à l’aide d’un processus appelé [pause] synthèse granulaire. La pause est remplie de musique : saxophone extatique, dulcimer martelé et voix dérivante. Ellis continue en décrivant comment ils ont divisé leur enregistrement original en extraits de son appelés « grains », et la musique le démontre en se désintégrant en sons isolés qui tombent comme des gouttes de pluie au début d’une tempête. Sur « Evensong, Part 2 », Ellis rassemble ces grains et les réorganise en un flot – le sax naviguant désormais sur des vagues de distorsion – puis continue : « Quand je fais un morceau de musique, la musique [pause]… »