Tems : Critique de l'album Born in the Wild

Tems est né aux chandelles. « Il n'y avait pas d'électricité lorsque ma mère m'a donné naissance », a-t-elle déclaré à NPR. « C'était la nuit dans ma vie depuis si longtemps que je pensais juste que ça n'arriverait jamais. » Vingt-huit ans plus tard, l’artiste nigériane lauréate d’un Grammy se retrouve sous les projecteurs du monde entier. Né dans la nature revisite les ombres avec clarté et confiance. Dans ses précédents EP, la chanteuse afro-fusion révélait ses prouesses envoûtantes ; avec son premier long métrage, elle se réaffirme en tant que productrice imaginative et auteure de sa propre histoire.

Tems reste son seul auteur-compositeur, affrontant les pressions de la célébrité à travers une exploration tendre et mélancolique des traumatismes antérieurs à la célébrité. Chaque chanson évoque un kaléidoscope d'émotions, mais qu'il s'adresse à une puissance supérieure (« Me & U ») ou qu'il réfléchisse à une romance malheureuse (« Unfortunate »), Tems reste concentré sur la gratitude. Sur l'ouverture et la chanson titre guidées par une guitare acoustique, sa voix émerge comme si elle chantait à côté d'un feu de camp mourant, le piano scintillant dans le ciel au-dessus.

Distillant sa musique jusqu'à son essence, Né dans la nature opte pour une ambiance épurée des années 90, offrant à Tems la sérénité nécessaire pour explorer ses pensées les plus intimes. Tems a autoproduit une grande partie du LP aux côtés de GuityBeatz, le DJ afropop ghanéen derrière son EP 2021 Si Orange était un endroit. Le paysage sonore polyrythmique, orné des tons terreux des congas, des carillons éoliens et des hochets shekere, constitue un contrepoids au son homogénéisé de l'Afropop contemporain.

Dans des chansons comme « Love Me JeJe » et « Gangsta » interpolé par Diana King, elle marie la musique africaine vintage avec le R&B, le dancehall et la pop modernes, écrivant une lettre d’amour au passé et un message pour l’avenir. Cette dernière chanson est une actualisation pétillante du classique d'appel et de réponse du chanteur nigérian Seyi Sodimu de 1997 : « Tous les vieux chefs du Nigeria, ils j'adore cette chanson », a-t-elle déclaré lors d’un récent concert de Tiny Desk. « Wickedest » présente un extrait de « 1er Gaou » du quatuor ivoirien Magic System, un hit zouglou emblématique des débuts qui déclenche des souvenirs chez les Africains du monde entier.

Les arrangements sans fioritures de Tems semblent old-school et habités. Accompagnée du guitariste de jazz fusion Nsikak David sur « Boy O Boy », elle évoque une ambiance de solitude aussi somptueuse qu'un salon d'hôtel enveloppé de velours. Sur le remarquable « Burning », elle transforme son agitation intérieure en une chanson chantante, laissant sa voix devenir le noyau lumineux de la musique. Sur « Forever », produit par le duo Brummie DAMEDAME* mais qui sonne comme un groove de Kaytranada, le timbre grave de Tems monte jusqu'à un fausset flottant qui rappelle celui d'un jeune Michael Jackson. Elle canalise 50 Cent et Lauryn Hill pour le morceau hip-hop « T-Unit », mettant à profit ses talents de rap tout en restant fidèle à l'ambiance mélancolique de l'album.