Critique : SERGIO CAMMARIERE – « La pluie qui ne tombe jamais » (piste par piste)

« The Rain That Never Falls » est quelque chose d’atypique pour la discographie actuelle. Raffiné, raffiné, élégant. Un album de musique d’auteur recherchée, jouée, composée et arrangée.

Débarrassons-nous du champ des malentendus : définir cette œuvre comme « raffinée » est une paresse lexicale qui ne rend pas justice à sa substance. Les treize titres sont des partitions qui rejettent l’algorithme, construites avec la patience du restaurateur. Là où la pop d’aujourd’hui crie pour se faire remarquer dès les trois premières secondes, Cammarière murmure, obligeant l’auditeur à se pencher vers les enceintes, à faire un effort d’attention désormais obsolète.

Le partenariat avec Roberto Kunstler se confirme non pas comme une collaboration, mais comme une symbiose psychique. Il n’y a pas de déconnexion entre la syllabe et la note : le jazz et le songwriting se confondent dans un jeu qui évite soigneusement le piège du « fond chic ». Les thèmes abordés – la mémoire, l’absence, l’amour comme pathologie bénigne – sont présentés sans cette sentimentalité sucrée qui entache les palmarès. C’est mélancolique, certes, mais sec, adulte, sans apitoiement sur soi.

Musicalement, l’album est une éducation à la compétence. La section rythmique est confiée à Alfredo Golino et Amedeo Ariano (batterie), assistés de contrebassistes du calibre d’Ares Tavolazzi, Luca Bulgarelli et Alfredo Paixão. Nous ne parlons pas de simples travailleurs de session, mais d’architectes sonores qui construisent des fondations antisismiques sur lesquelles le piano de Sergio peut se permettre n’importe quelle digression. Les interventions de Giovanna Famulari au violoncelle et de Daniele Tittarelli au sax soprano ne sont pas des « coloritures », mais des fissures nécessaires dans le tissu harmonique, tandis que les guitares de Christian Mascetta ajoutent un grain de matière à l’ensemble.

Certains pourraient accuser Cammarière d’être statique, de jouer « de la musique d’autrefois ».

L’accusation est recevable, mais doit être renversée : à l’ère de l’obsolescence programmée, la cohérence stylistique de Cammarière est un acte important. « The Rain That Never Falls » ne cherche pas à séduire la génération Z, ni à faire des hybridations embarrassantes pour paraître jeune.

C’est un disque de « haute couture » sonore, artisanale et analogique, qui offre l’asile politique à ceux qui recherchent encore chaleur et complexité harmonique dans un monde qui semble avoir perdu les deux. Une œuvre d’une beauté rassurante, qui ne surprend pas par son innovation, mais désarme par sa classe impeccable.

PISTE PAR PISTE

1. « L’amour est tout ». Une déclaration qui s’inscrit dans la tradition des ballades romantiques classiques, la célébration d’un amour qui résiste au temps.

2. « La pluie qui ne tombe jamais » est une ballade visionnaire qui invite à réfléchir sur la nécessité d’une attitude humaine différente envers l’environnement et la nature.

3. « La voix du cœur » est une chanson minimaliste avec la capacité d’exprimer l’essentiel : la recherche de l’équilibre entre le cœur et l’esprit. La structure modale de la chanson, le rythme et l’orchestration rappellent les échos du prog alternatif.

4. « Comme une danse. » L’inconnu, le rêve, l’amour, le salut. La vérité qui se trouve en nous et non en dehors de nous. Dans l’arrangement le piano et les cordes soutenus par un rythme reggae-pop inhabituel.

5. « Une longue attente » traite de sensibilité et de transparence avec le thème de l’absence, du regret et du désir de réconciliation. Il raconte l’amour dans sa forme la plus vulnérable : celle du souvenir, du doute et du courage d’espérer à nouveau.

6. « La rivière descend » est une pièce profondément symbolique, inspirée de la poésie de Gibran, construite sur l’image de la rivière comme métaphore de l’existence. Le piano, la voix, le rythme méditerranéen et la texture harmonique des cordes de forme classique sont le paysage de cette vision.

7. « Certe storie return » est la ballade de l’album, une chanson qui explore le territoire émotionnel du retour, de la mémoire et de l’amour qui demeure, malgré le temps, la distance ou l’incertitude.

8. « Que deviendrai-je ? » Ballade au style andalou qui aborde la fin d’un amour à travers des souvenirs, des regrets, des questions et des tentatives de recommencement.

9. « Like a dream » est une autre chanson qui explore les territoires de l’amour : ce qui reste, ce qui s’efface et ce qui continue. Le rythme du boléro, le piano et la voix créent une atmosphère douce, une chanson ancienne hors du temps.

10. « Something I Left Behind Me » est la chanson la plus pop de l’album. Il parle de l’amour et de son mystère comme d’une lumière lointaine qui ne s’éteint jamais.

11. « Un secret d’amour » Une promesse gardée comme un secret. Une chanson lumineuse, une lettre d’amour à cœur ouvert. Une musique ensoleillée avec de fortes références aux sonorités pop et contemporaines.

12. « La réalité incertaine ». D’un côté une réalité insaisissable et en constante évolution et de l’autre la certitude d’un amour destiné à durer. Entre fragilité des rêves et souvenirs « La seule hypothèse du bonheur ».

13. « Davanti all’ interno » est la chanson la plus lyrique de la collection, une chanson essentielle et minimaliste. Musique et poésie sans lieu ni temps.

NOTE : 7,25

À ÉCOUTER MAINTENANT

La pluie qui ne tombe jamais – Comme une danse – Une longue attente

À SAUTER IMMÉDIATEMENT

Un peu moins d’une heure de musique de qualité. Rare ces dernières années !!!

LISTE DES TRACES

LA DISCOGRAPHIE

1993 – Souvenirs et personnes
2002 – De la paix de la mer lointaine
2004 – Sur le chemin
2006 – Pain, vin et vision
2009 – Caravanes
2012 – Sergio Cammarière
2014 – Main dans la main
2016 – Moi
2017 – Plan
2019 – La fin de tous les ennuis
2021 – Plancher nu
2023 – Juste un jour
2025 – La pluie qui ne tombe jamais

VIDÉO

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